Le vol des blinds au poker

A mesure que votre jeu se développe avec le temps, une qualité essentielle que vous devrez approfondir est la capacité de jouer sans regarder vos cartes. La première étape est le vol de blinds. Dans cet article il sera traité des diverses caractéristiques de cette stratégie qui ont besoin d’être étudiées avant la mise en pratique.
Qu’est-ce qu’un vol de blinds ? Vous êtes en position tardive, vous relancez avec deux cartes et tout le monde se couche. Félicitations, vous avez réussi à voler les blinds. Le concept a l’air très simple. Bien évidemment c’est un petit peu plus compliqué. Laissez-moi vous démontrer les paramètres impliqués pour ce type d’action.
Premièrement, il faut analyser le profil de vos adversaires, en particulier la grosse blind. En micro limites, beaucoup sont inconscients de cette tactique. Peu importe, de toute façon ils suivent à partir du moment où ils ont quelque chose de ‘valable’. Devriez-vous essayer de voler leurs blinds ? Cela dépend de la gamme de mains qu’ils jugent ‘valables’, et de la façon dont ils jouent post-flop. Si vous avez affaire à un calling station (large passif), je vous déconseille toute tentative. Patientez jusqu’à recevoir une vraie main puis relancez. Il va sûrement continuer de vous suivre au flop même s’il a raté le tableau. La plupart du temps cela vous sera profitable, votre ‘continuation bet’ vous rapportera des bénéfices.
Désormais imaginez un autre genre d’adversaire. Ce n’est pas un expert mais il se débrouille plutôt bien. Il a dû lire un ouvrage ou deux et possède quelques notions sur la valeur des mains. Admettons qu’il soit serré passif, plus communément appelé faible serré, alors vous avez ici un excellent candidat. La majeure partie du temps il se couchera en position de blinds, mais également au flop lorsqu’il ratera le tableau, à moins qu’il trouve une top paire ou mieux. Vous n’aurez donc aucun mal à remporter le coup.
Même un joueur serré agressif est un bon candidat. Il jouera en moyenne 20% de ses mains, ce qui signifie que si vous relancez les chances qu’il vous suive ne sont que de 20%, donc 80% du temps restant vous gagnerez les blinds. Bien sûr, cela dépend également de votre position car il y a d’autres joueurs, mais quoiqu’il en soit vos tentatives auront du succès. Plus le pourcentage de mains avec lesquelles un joueur sera susceptible d’entrer dans un coup sera élevé, plus le vol de blinds va échouer. De ce fait, plus un joueur sera agressif post flop et moins vous devrez espérer en tirer profit.
Les meilleures cibles contre qui voler les blinds sont les joueurs serrés passifs, comme les pires sont les larges agressifs. Les raisons sont clairement évidentes, comme cités précédemment.
Un autre facteur à prendre en compte est votre image à la table. Plus vous aurez une image serrée, plus vos relances seront respectées. Il est plus simple de voler les blinds avec une image serré que large. S’il vous arrive d’être semi-large agressif ou large agressif, je n’ai pas réellement besoin de vous encourager à voler les blinds. En étant serré vous laisserez plus d’argent sur la table. On témoignera plus de respect à vos relances car on vous cataloguera comme quelqu’un ne jouant que les bonnes mains de départ. Par conséquent on n’imaginera pas que vous puissiez attaquer avec des poubelles. Je devrais tout de même rectifier ce dernier principe. Admettons que vous soyez serré agressif, pouvez-vous voler sans crainte ? Non, parce qu’au-delà de l’image que vous avez à la table, vous avez besoin de considérer votre récente image. Qu’elle est-elle ? Dans combien de pots avez-vous récemment été impliqué ? Combien de fois avez-vous relancé ? Combien de mains avez-vous montré ? Si vous avez relancé sur vos deux dernières mains et remporter le pot post-flop, votre image récente n’est pas favorable à un vol de blinds. A l’inverse, si cela fait quelques temps que vous ne vous êtes pas engagé dans un coup, alors votre image est propice à un vol.
A présent observons la mécanique. Vous êtes au cutoff avec un bon candidat en grosse blind et deux joueurs serrés entre vous. A combien devriez-vous relancer ? Vous devriez relancer du montant auquel vous relancez habituellement dans cette position. Un vol de blind ne doit pas différer de vos relances standards. Si vos relances varient suivant la qualité de vos mains, les bons observateurs remarqueront ce détail et vous donneront de l’action quand vous n’en voudrez pas. Conservez un bon credo, tout le monde se couchera et vous ramasserez tranquillement le pot.
Néanmoins Il se peut que la grosse blind ait quelque chose, puis décide de suivre votre relance. Que faire ? Ne baissez pas les bras. Au flop effectuez votre ‘continuation bet’ habituel. Tout comme votre relance preflop, la mise de votre ‘continuation bet’ ne doit pas laisser transparaître la force de votre main. La plupart du temps vous devriez remporter le coup. Occasionnellement vous rencontrerez de la résistance. Si on vous ‘check-raise’ couchez-vous, excepté bien sûr en cas de jeu solide au flop. En toute similitude, si la grosse blind mise au lieu de checker et que le tableau n’est pas en votre faveur, alors couchez-vous sans hésitation. Un vol de pot doit se dérouler avec le minimum de résistance. Au moindre doute, abandonnez.
Autre configuration : la grosse blind check puis suit votre ‘continuation bet’ au flop. Vous devrez mettre en œuvre vos capacités à lire la main de votre vis-à-vis. Quel sorte d’adversaire affrontez-vous ? Quel genre de mains peut-il bien avoir avec un ‘check-call’ au flop ? Après cette étape, dressez la liste des cartes qui seraient à même de le faire coucher au turn. Si l’une de ces dernières tombe, misez. S’il y a possibilité de couleur, quinte…misez !
Voici un exemple : vous relancez de quatre fois la grosse blind et seule la grosse blind (ici joueur serré passif) suit. Le flop est J♠-8♦-4♠. La grosse blind check, vous misez six grosses blinds et êtes encore suivi. Dés l’action preflop il vous faut envisager un panel de mains avec lesquelles il aurait pu vous suivre. ‘Preflop’ signifie paires fermées, A-K ou A-Q. Selon les joueurs, on peut rajouter connecteurs assortis, mais négligeons cette option pour mon exemple. Il suit donc encore votre mise au flop. Cela laisse envisager quelles mains ? On élimine la probabilité de A-K et A-Q. A mon avis il n’a pas suivi avec une petite paire qui ne s’est pas transformée en brelan, donc on peut écarter l’hypothèse de 2-2 ou 3-3. Paire de cinq à paire de sept n’a pas non plus l’air crédible. Le joueur faible serré suivrait au minimum avec 9-9 ou 10-10. En supposant un tel scénario, il se coucherait aisément au turn. Si un As ou un pique arrive ce sera la même chose, tout comme n’importe quelle carte supérieure à sa paire. Le joueur faible serré va chercher une excuse pour se coucher et vous devriez continuer à lui mettre la pression. Combien devriez-vous miser ? Votre mise standard, comme les fois précédentes, de manière à ce que tout paraisse normal. Si cette fois il vous suit à nouveau, méfiez-vous, car un serré passif qui paye deux grosses mises cache forcément un gros jeu.
Que faire dans le cas où nous avons un adversaire différent tel qu’un semi-large passif ? La liste des mains potentielles preflop va alors s’élargir, incluant des As assortis ou dépareillés, des connecteurs assortis et des figures. Vous misez au flop et la grosse blind vous suit. Le flop est à tirage dangereux et vous savez qu’il sera très difficile de faire coucher un mauvais joueur si ce dernier est à tirage. Il se peut que vous battiez n’importe quelle paire, mais l’éventail de mains de la grosse blind est si large que plane une forte incertitude. Dans cette situation je n’engagerais pas beaucoup de jetons au turn parce-que le tableau est trop dangereux.
Si on changeait le flop pour le rendre moins effrayant : J♥-7♦-2♠. Vous misez et la grosse blind suit. Il n’y a aucun tirage donc sa sélection de mains a dû être plus stricte. En plus des paires fermées, vous êtes peut-être face à A-J, K-J, Q-J, J-10, A-7, 8-7, 7-6 et A-2. Imaginons-le sur 8-7 ou 7-6, une autre carte ouvrant un tirage ou un As l’inviterait à se coucher. Evidemment il pourrait également posséder une double paire, mais je ne tablerais pas trop là-dessus. Contre un tel adversaire je n’hésite pas à miser, et je n’hésiterai pas non plus à me coucher s’il relance.
Il a été oublié de mentionner un facteur supplémentaire qui est la valeur de votre main. Au fond ce n’est pas si important lors d’un vol de blinds. En fait, vous ne devriez pas réellement avoir à vous inquiéter de ce que vous possédez jusqu’à ce que votre mise au flop soit suivie ou relancée. Si tel est le cas analysez la situation et jouez en conséquence. Le Hold’em renferme des plaisirs équivalents à ceux de remporter des gros pots avec des mains comme J-2. Vous bluffez et montrez vos cartes, mais gardez à l’esprit que tout le monde à la table sera témoin de votre jeu. Sans doute vous avaient-ils perçu comme étant un joueur serré. Cependant ils risquent rapidement de réviser leur opinion. Les gens se souviennent de ce qu’ils voient. Personnellement je n’essayerais plus de voler quelconque blind avant quelques tours maintenant. Soyez patient, attendez de bonnes cartes et tirez profit d’un poker basique.
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