Je vous le dis. As-Roi et moi, c’est fini. C’est une mauvaise maîtresse, dangereuse et perfide. Une ensorceleuse qui vous fera tomber amoureux de beaucoup trop de flops. L’amour est aveugle, comme il m’est arrivé de l’être moi-même un peu trop souvent. Elle peut pousser à payer les nuts avec rien d’autre que ce As haut, et sera souvent victime d’elle-même lorsque le flop qui nous semble favorable, mais que l’ennemi a secrètement trouvé son bonheur et s’apprête à faire notre malheur.
Laissez-moi vous montrer un exemple de ce que je veux dire.
Voilà, j’ai
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, et je suis second à parler dans une partie de cash game online en no limit hold’em 0.25$/50$ sur Pokerstars. Je me dis allons-y pour une relance standard, à 1.50$.
Deux joueurs me suivent, ainsi que les deux joueurs aux blinds. Comme vous pouvez le constater, mes relances hors de position inspirent le plus grand respect à mes adversaires du jour ! Mais bon, je ne leur en veux pas. A-K ne m’a rien rapporté du tout les dernières 345 fois où j’ai eu cette main. Non, non, il n’y pas de fautes de frappe. 345 mains. Je pense que mon manque de confiance doit transpirer par chacun des pores de ma peau avant même que je pose les jetons sur le tapis. A une table de poker, les joueurs ont parfois la férocité des animaux de meute. Ils peuvent sentir la peur à des kilomètres.
Mais attendez, oh quel joli flop que voici !
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. Enfin ! J’ai touché ! J’ai touché !
Est-ce que vous voyez ce que je suis en train de faire ? Je suis tellement obnubilé par mon As-Roi que j’ai déjà quasiment la main sur le pot, je me vois ramasser les jetons avec le sourire satisfait et l’assurance du joueur bénissant sa bonne fortune enfin retrouvée, et qui sait peut-être le début d’une longue série de victoires où les croupiers semblent obéir à tous vos ordres télépathiques. Oui, je vous avais prévenu, A-K est une maîtresse dangereuse.
Les blinds font parole et c’est à moi de parler. Bon, j’ai une main, ce qu’il faut que je fasse, c’est faire payer un impôt à un éventuel tirage. Il y a 4 autres joueurs dans le coup, je suppose qu’au moins un d’entre eux prendra le train en marche.
Je mise le pot, et tout le monde se couche. Tout le monde sauf la grosse blind qui relance avec un vieux check/raise à 3.60$.
OK. Je ne pense pas être prêt à me séparer de ma main. Il peut être sur un tirage couleur. Je ne vais quand même pas jeter A-K la seule fois où je touche quelque chose depuis des lustres, et puis quoi encore ? Moi aussi j’aurais pu faire ce check/raise à sa place avec K-Q ou même Q-K.
Un As arrive au tournant !
Quelle belle carte pour moi, même si je ne suis honnêtement pas sûr de qu’il a en main, et si il a par exemple un brelan depuis le flop, je suis toujours battu et probablement sur le point de perdre encore plus d’argent. Certes les chances de flopper un brelan sont minces, mais de temps en temps cela arrive, c’est un fait.
Je fais parole, et il envoie son tapis au milieu ! Wow.
Très bien. Je ne pense plus qu’il a un brelan. En fait il y a trop de mains que je peux battre ici, et pourquoi enverrait-il son tapis dans le pot avec un set ? A moins bien sûr qu’il ne me voit très précisément sur A-K, ce qui serait un tour de force negreanu-esque, et encore.
Bon, eh bien disons que s’il a un brelan, il m’a bien eu. Je ne peux pas coucher ça. Sa mise n’est que de la moitié du pot de toute façon maintenant.
Je paie. Il retourne K-7 ! Une brique tombe à la rivière, et je ramasse un très joli pot. Vous avez eu peur hein ? Moi aussi, j’avoue. Il avait donc la double-paire floppée ce coquin ! Attendez une minute… K-7 ???
Il s’énerve comme un putois dans le tchat, me traitant de « donkey » et autres noms d’oiseaux. Je lui rappelle gentiment qu’il est entré dans le coup avec K-7, ce à quoi il me répond qu’il avait « la côte » ce qui est probablement vraie mais n’en reste pas moins léger quand on est premier de parole au flop.
Par contre, je ne lui dis pas sa vraie erreur dans ce coup. Mais je vais vous la dire à vous, car vous ne m’avez pas insulté.
Sa vraie erreur, je la reconnais bien. Il est tombé amoureux du flop.
Il avait K-7 et la double paire. Lorsque l’As est tombé, que pouvait-il réellement battre à ce moment du coup ? Un tirage ? Bien sur, mais si vous poussez tout votre tapis ici vous ne serez payés que par une bonne, voire une meilleure main. Est-ce que je paierais un énorme overbet avec K-Q ou K-J. Probablement pas.
En fait il y avait trop de mains possibles qui le battaient, et il a poussé malgré tout.
Pourquoi ? Il était fasciné par le flop, se délectant de sa beauté sans voir aucun des signes avant-coureurs de la catastrophe qui le menaçait. Oui, au flop il a vu apparaître une beauté, la double trop pair ! Mais une beauté, c’est vulnérable aussi.
Et pour tout dire, je faisais la même erreur que lui. J’ignorais le fait qu’il y ait quatre autres joueurs dans la main, faisant sérieusement descendre la côte d’une paire, et me faisant balayer d’un revers de main le fait d’avoir essuyé un check/raise. Je ne voyais que ma top pair / top kicker et rien d’autre !
Je suis tombé amoureux du flop, et cet état second ne s’est pas arrangé au turn !
Finalement l’histoire se termina en happy-end pour moi, mais en drame affectif pour lui. La prochaine fois nous serons probablement plus prudents avant de tomber de trop haut, trop vite. Peut-être notre ami amoureux de son flop aurait-il du lire Tristan Bernard, lui qui écrivit : « Les amours sont comme les champignons. On ne sait si elles appartiennent à la bonne ou à la mauvaise espèce que lorsqu'il est trop tard.». Ce n’est peut-être pas très romantique, mais c’est un concept que tout le monde peut comprendre, même un amoureux transi !
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