Jouer les "payeurs", Main #1 : rentabilisez vos monstres
Grâce à mes observations précédentes, je savais que mon adversaire sur ce coup avait une tendance évidente à « suivre à tirage » et donc à payer des mises tant que sa main est vivante. En l’occurrence ce joueur avait suivi de cette façon sur trois mains différentes, couchant finalement sa main à la rivière dans deux d’entre elles (tirages ratés). Sur la troisième, il relança une mise et fut payé alors qu’il avait touché sa couleur.
Dans le coup en question, j’avais relancé pré-flop à 250 (sur des blinds 50/100) avec une paire de Rois et je fus suivi par deux joueurs, dont mon ami le chasseur de tirages. Au début du coup j’avais 5.700 jetons et mon adversaire me couvre avec 6.200 jetons. Le flop fut Q-9-2 dont deux trèfles. Je misais alors ½ pot (400) et mon adversaire fut le seul suiveur. Le tournant amena un 2 pour une doublette au tableau. Je sentais bien que ce turn ne l’aidait pas beaucoup et je misais donc plus fort cette fois : 1.350 dans un pot de 1.600, et bien entendu il paya. Le pot se montait maintenant à 4.300, il me restait 3.700 jetons derrière.
La rivière fut un éblouissant et glorieux Roi de trèfle ! Non seulement le Roi faisait rentrer un tirage quinte avec J-10 mais surtout il complétait la couleur. Sachant que mon adversaire poursuivait très probablement un tirage, et donc l’avait touché de manière quasi certaine, qu’il avait été agressif précédemment dans cette configuration, je décidais de varier mon jeu. Normalement je fais un petite mise « value bet » pour être payé dans ce cas, mais ici je n’optimiserais pas ma main s’il se contentait de suivre. Je décidais donc de faire parole et mon adversaire misa un ridicule 1.000 que je voyais comme un value bet de sa part. J’examinais la possibilité de relancer petit à 2.000 jetons, mais il me parut évident que si c’était un value bet et qu’il était prêt à payer 1.000 de plus, alors il paierait aussi mon tapis. Je poussais donc tout mon stack, il suivit, et je remportais le pot. Sa main ? As-Valet de trèfle.
En vous montrant cette main je veux simplement vous montrer comment augmenter la valeur de vos mains par une bonne compréhension de qui joue contre vous et dans quelles mesures vos adversaires ont tendance à suivre. Je savais qu’il paierait une mise plus conséquente sur le tournant et j’ai agi en conséquence. Je savais aussi qu’il avait probablement complété son tirage et qu’il me suivrait. En prenant un risque calculé j’ai fait parole. Prendre le maximum avec vos monstres requiert de bien réfléchir à votre ligne d’action, et de vous préparer à jouer ce genre de mains avant qu’elle ne se produise. En connaissant bien votre adversaire vous pouvez les manipuler afin qu’ils fassent exactement ce que VOUS avez décidé.
Jouer les "payeurs", Main #2 : exploitez les calling stations
Cette main est un peu plus simple dans son déroulement. Il y avait à ma table une « calling station » typique : il payait toutes sortes de mises avec la plus petite paire, une paire moyenne ou encore une top paire avec un kicker médiocre. Les autres joueurs se régalaient en « continuation bets » contre lui sur le flop, le turn et la river, mais il ne laissait jamais tomber. E à chaque fois, soit ses adversaire bluffaient complètement, soit il avait misé avec des mains plus faibles, et notre suiveur maniaque gagnait tous les coups, passant de 1.500 à 3.000 jetons juste en payant encore et encore. Personnellement j’avais un tapis de 1.825 et j’attendais patiemment mon heure jusqu’à la main qui suit.
Le payeur en question avait « limpé » en milieu de parole et je suivais à mon tour depuis le bouton avec K-J assorti. La petite blind compléta, la grosse blind fit parole, et nous nous retrouvions à 4 pour voir le flop K-7-2. Tous firent parole et je misais alors 100 dans le pot de 200. Je fus suivi par un seul joueur : mon copain calling station. Il m’apparut clairement que d’une part il avait trouvé de l’action au flop, et que d’autre part il ne coucherait pas sa main. Le problème pour jouer ces joueurs c’est que vous n’avez pas la moindre idée de leur main de départ. A-t-il K-7 ? Ou bien 7-6 ? K-Q peut-être ? Etant donné qu’il ne s’était absolument jamais montré agressif c’était très dur de le savoir, et mon dilemme était de continuer à miser, ou pas.
En revanche, mon principe de base contre ce type de joueurs est qu’il vaut largement mieux miser que de le laisser toucher des cartes gratuites. Je vois de nombreux joueur laisser filer des jetons en faisant parole dans ces situations quand miser est clairement le meilleur moyen de ramasser un maximum sur le long terme. Retour à notre coup : le tournant fut un 4 et cette fois je misais ¾ du pot (300 dans 400) et fut à nouveau payé, il me restait donc 1.375 de tapis. La rivière amena un As. Pas une carte terrible pour moi si mon adversaire avait A-7 ou A-2 mais c’était un risque que je pouvais me permettre de prendre. Avec 1.000 au pot, je misais 600. La calling station payait encore, et si ses cartes ne furent pas montrées lorsque je remportais le coup, l’historique me révéla qu’il avait suivi avec… K-9, une paire de rois aussi mais un moins bon kicker. En évitant de jouer trop prudemment, j’ai pris 900 jetons de plus en misant au lieu de faire parole. Ne pas avoir peur dans ce genre de situation est la bonne approche. Bien sûr, de temps en temps vous serez battu par une meilleure main, mais pour chaque fois où ils vous battent vous leur prendrez des jetons trois ou quatre fois, et c’est exactement ce qu’il faut faire pour jouer un poker profitable.
Poker de Tournoi : Exercice d'observation des tendances à suivre des payeurs
Cet exercice a donc pour but d’observer les payeurs et calling stations et exploiter leur tendance à suivre en tirant avantage de leur comportement.
Pour cet exercice vous devrez faire les choses suivantes :
Dans quatre tournois différents vous allez observer les joueurs et opérer une classification des différents types de suiveurs. Vous choisirez de préférence entre les profils suivants :
- un joueur solide et agressif dont vous savez qu’il va souvent loin dans les tournois ou qui est connu pour être régulièrement gagnant en tournoi.
- un joueur type calling station, maniaque, large agressif ou n’importe quel joueur qui ne tombe pas dans la catégorie précédente et vous paraît un bon candidat.
Pour ces deux joueurs vous allez noter les résultats des observations suivantes :
Pré-flop
- A chaque fois qu’ils suivent une mise, quel est son montant (pot inclus) et depuis quelle position ? Quelles cartes ont-ils montré si tel est le cas.
Post-flop
- A chaque fois qu’ils paient une mise sur post-flop, combien ont-ils payé et depuis quelle position ? Quelle fut l’action précédemment et quelle fut la suite du coup ?
- A chaque fois qu’ils paient une relance post-flop, combien ont-ils payé et depuis quelle position ? Quel fut leur comportement sur la suite du coup ?
- Pré-flop quelle sont les tendances à suivre de ce joueur (suivent-ils peu ou très souvent ? Ont-ils des mains ou des positions de prédilection ?) ?
- Post-flop quelle sont les tendances à suivre de ce joueur ?
- Y a-t-il des montants de mises spécifiques qui les poussent à suivre ou à jeter leur main pré-flop ?
- Même question mais post-flop ?
- Dans les mains où il y a eu abattage, avez-vous pu déterminer avec quel genre de mains de départ ils suivaient le plus souvent ?
- Selon vos observations, avez-vous remarqué un schéma particulier dans leur façon de suivre dont vous pourriez tirer avantage ? Et si oui, comment ?
Poker de Tournoi : Exercice de classification des payeurs
Maintenant que vous avez compilé ces informations, je vous propose de relire votre compte-rendu et d’attribuer une classification en fonction du type des tendances à suivre des payeurs que vous avez observé.
Payeur Pré-flop : joueur qui suit souvent quand il y a une relance avant lui.
Payeur/Limpeur Pré-flop : joueur qui suit souvent une relance après avoir « limpé ».
Payeur/Relanceur Pré-flop : joueur qui suit souvent une sur-relance après avoir relancé pré-flop
Payeur aux Blindes Pré-flop : joueur qui suit la plupart des relances sur leur grosse blind
Payeur Post-flop : joueur qui suit souvent lorsqu’un autre joueur mise post-flop
Payeur Post-flop / Relanceur Pré-flop : joueur qui suit souvent post-flop après avoir relancé pré-flop
Payeur de Relances Post-flop : joueur qui suit souvent les relances après avoir eux-mêmes relancé post-flop
Calling Station : joueur qui suit presque toujours
Non-Payeur : joueur qui ne suit presque jamais
Nous utiliserons cette classification dans la deuxième partie de cet exercice, et déterminerons ensemble comment ajuster votre jeu face à chacun de ces types de payeurs. Bon exercice et n’oubliez pas : « ce n’est pas qu’une question de cartes » !