Relancer en No Limit Hold’em
Les questions au sujet des relances peuvent parfois être vexantes. Comment savoir quand le faire ? Bien sûr si
vous avez une grosse paire du style AA, KK ou QQ, la réponse est assez évidente, mais supposons que vous ayez une petite paire comme par-exemple 44. il y a toujours un gros danger en No Limit Hold'em avec ce genre de main, car c'est à peu près impossible de la jeter si vous touchez un brelan, et il y a de fortes chances qu'un adversaire détienne un jeu supérieur, en particulier s'il n'y a eu aucune relance pré-flop et que le tableau affiche 4-7-8 ; dans ce cas vous devez penser qu'un des joueurs autour de la table peut avoir 5-6.
Je jouais en $2/$5 No Limit Hold'em quand je reçois 44 en position haute. Aujourd'hui je revendiquerais un bon concept qui serait de ne plus jamais jouer ce type de main en No Limit, principalement en position haute, mais le jeu dans lequel j'étais impliqué était plutôt passif, et j'ai pensé que ça valait la peine d'aller jeter un coup d'œil au flop.
Les premiers de parole se sont couchés jusqu'à un joueur en position intermédiaire qui relança à $15 avec 5 joueurs qui allaient suivre. Une fois venu mon tour je voulais leur indiquer que je possédais une grosse paire, c'est pourquoi j'ai relancé à $80. Le joueur ayant relancé en premier suivi, ainsi que trois autres joueurs incluant celui en petite blind qui réfléchit un bon moment avant de payer.
Q-10-4, le flop m'apporta un brelan mais il y avait également un tirage couleur à pique, le joueur en grosse blind alla à tapis pour $300, j'ai automatiquement suivi, les trois autres ont jeté leur main, je me suis donc retrouvé en face à face contre...une paire de 10 ! Le pire scénario que je pouvais imaginer ; si je l'avais fait se coucher pré-flop le pot aurait été à moi, ou s'il n'avait pas touché son 10 et que je lui aurais montré ma main, de nouvelles opportunités se seraient offertes à moi : la prochaine fois j'aurais relancé avec une grosse paire en étant sûr d'être suivi, mais à la suite de cet accident je n'ai pas réussi à me refaire, et je suis parti avec une perte significative pour cette session légèrement plus élevée que ce que m'a coûté la seule perte subie avec ma paire de 4.
Quand j'y repense je réalise que j'aurais pu facilement imaginer mon adversaire sur une forte main lorsqu'il est parti à tapis sur le flop. Si l'on se remémore l'action il était presque certain qu'il devait m'avoir battu quand il relança avant la petite blind. Peut-être aurais-je dû relancer davantage avant le flop ce qui l'aurait obligé à jeter sa main si quelqu'un avant lui s'était couché en premier, ou bien alors j'aurais dû simplement suivre sa relance et voir ce qui allait se passer au flop. Dans tous les cas de figure je pense que j'aurais perdu tout mon tapis, parce-qu'un brelan est une main vraiment trop forte qu'il devient difficile de jeter. Maintenant j'ai retenu la leçon et la prochaine fois je jouerai ma petite paire avec plus de précautions.
Durant ma session suivante, toujours en No Limit $2/$5 j'ai joué une main encore plus prudemment que d'habitude. J'ai reçu Q-10 dépareillés au bouton et personne n'ayant relancé j'ai pu voir le flop Qs-9d-Qc. Personne ne misa, un 10d au turn me donna la meilleure main possible, un full ! Un joueur en position haute misa $45 dans un pot de $25, j'ai décidé de slowplay (faire croire que je n'avais rien pour mieux le piéger à la rivière) en espérant qu'il suivrait ma relance sur la rivière. La 5e carte fût le Kd. Le joueur ayant précédemment misé, un jeune homme qui me paraissait honnête, avait l'air tout heureux en jetant avec désinvolture 5 petits jetons verts dans le pot, soit $125. En fait, il avait l'air beaucoup trop heureux, j'ai regardé ce K, et ça a commencé à bouillonner dans ma tête, j'ai eu la meilleure main tout au long du jeu, même le meilleur full possible, mais il est probable qu'il puisse avoir KQ, me battant avec un full supérieur. Il aurait pu également avoir slowplay KK. Plus improbable mais tout aussi possible il pouvait avoir Qd-Jd pour une quinte flush ; dans les quelques secondes que j'ai prises pour envisager ces possibilités j'ai décidé de simplement payer, et c'est à ce moment là que je découvris avec stupeur qu'il avait en effet touché sa quinte flush.
Le reste de la table a éclaté de rire, comment n'avais-je pas pu relancer avec un full ??? Plus d'un joueur aurait perdu tout son tapis en relançant sur la rivière avec la main que j'avais ; mon adversaire lui-même, en voyant le monstre que je possédais semblait mélancolique et assez déçu en y repensant car il aurait pu me prendre beaucoup plus d'argent en misant davantage.
Savait-il que j'avais un full ? Il aurait sans doute misé $200 par-exemple pour me forcer à payer, néanmoins ce qu'il n'a pas réalisé c'est que le pot n'était pas suffisamment gros, et je ne suis pas sûr que j'aurais suivi une mise plus élevée que celle qu'il m'avait faite, étant donné que j'avais la quatrième meilleure main. J'étais assez fier de moi et de mon évaluation sur le coup. Au No Limit Hold'em c'est crucial de savoir où vous en êtes, et de ne pas risquer des sommes énormes en relançant ou en suivant quelqu'un avec une main que vous pensez victorieuse. Un jour j'espère avoir la lucidité de jeter des mains comme celle dont je viens de vous parler, si bien sûr je suis persuadé d'être battu.
Pour revenir au petites paires, ce qu'il y a de dangereux avec ce genre de mains c'est quand vous touchez un brelan contre une double paire qui se termine en full. Je me suis déjà retrouvé des deux côtés de l'équation ; dans le premier cas j'ai flopé une double paire J8 contre un brelan de 4, et quand un autre J est tombé au turn me donnant un full le joueur avec désormais un full mais inférieur a checké comme sur le flop pensant m'attirer dans un piège, j'ai misé à hauteur de son tapis, environ $450, il a été surpris et m'a dit « je pense que je perds mais je vais quand même suivre. »
Il y a une notion qui prévaut chez les joueurs faibles en No Limit lorsqu'ils ont un full house ou un brelan : « je dois payer », mais évitez ce genre d'attitude qui peut vous coûter très cher. Pourquoi payer si vous savez que vous êtes battu ? La réponse chez ces joueurs est simple : « parce-que j'ai un full », c'est tout simplement illogique. Même avec un full vous pouvez n'avoir que la seconde meilleure main.
Dans certaines situations la faculté de jeter une forte main est le signe évident que vous devenez un très bon joueur. C'est quelque chose que je m'attache à faire chaque fois que j'entame une partie. Pour arriver à un tel niveau il faut parfois avoir subi de lourdes pertes sur des mains coûteuses, ce sont des situations douloureuses et souvent difficiles à gérer, mais en contrôlant ses émotions ces phases de jeu sont de bonnes leçons à retenir.











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