Si vous suivez les articles de strategie proposés par Aaron Hendrix , vous apprendrez au fil des jours à progresser de façon raisonnée. L'approche est basée sur une étude intéressante qui traîte de différentes techniques à adapter suivant des situations précises. Dans le présent cas, il nous resume les réactions idéales face aux différentes catégories de joueurs que vous pourriez rencontrer. Laissons la parole à Aaron qui nous commente sa science du jeu:
Dans le précédent article tiré de mon ouvrage 'It’s Not All About The Cards' : Améliorer votre jeu en tournoi de No Limit Hold'em , j’avais "classifié" les joueurs de ma table. Rappel de cette classification :
- Siège 1 = Weak (joueur faible)
- Siège 3 = Mélange de Calling Station (payeur) et de Maniaque (relanceur), joueur large agressif, et parce qu’il parait plus actif pour relancer que pour payer, je pencherais pour Maniaque.
- Siège 4 = Calling Station
- Siège 5 = Serrure (joueur très serré)
- Siège 6 = Serrure
- Siège 7 = Maniaque, LAG (joueur large agressif)
- Siège 8 = Calling Station
- Siège 9 = Plutôt Serrure
Je vais maintenant vous montrer trois mains jouées en utilisant ces informations :
Main #1 : Optimiser les gains en jetons en fonction des styles de joueurs
Les blinds sont de 25/50 et Siège 4 (2.200 jetons) a limpé en début de parole. Siège 7 (3.500) a relancé à 200 et Siège 8 (2.650) a suivi. J’avais
en mains et 3.450 jetons en grosse blind et j’ai également suivi, sachant que je serai contre deux joueurs ressemblant à des Calling Station et un Maniaque/LAG et sa valeur spéculative.
Le Siège 4 paya, et le pot était de 825. Le flop fut parfait pour moi 10 [c]-
-
avec deux carreaux. Sachant que Siège 7 allait probablement miser, j’ai fait parole. Siège 4 fit aussi parole, et comme prévu Siège 7 misa 500. Siège 8 paya. Voilà qui dérangeait mes plans. Je pensais faire un check/raise mais le Siège 8, une Calling Station, suivant la mise je ne voulais pas le faire partir. Il pourrait avoir un 10 faible, ou peut-être un 8-10 pour lui offrir un tirage aussi. Bien sûr, il y avait un risque qu’il ait une couleur plus haute, mais c’était un risque que j’étais prêt à prendre. A ma grande surprise (et à mon grand plaisir), Siège 4 paya aussi. Le pot était désormais de 2.825. Il me restait 2.750 jetons donc il ne me restait plus beaucoup de marge de manœuvre.
Le turn fut un
. Cette fois je décidais de ne pas faire parole. Mon raisonnement était simple. Je ne voulais pas offrir une carte gratuite à mes adversaires et je voulais faire grossir le pot, suffisamment pour être « committed » (impliqué) et devoir envoyer le reste de mon tapis sur la rivière quelle que soit la carte qui sort. Je ne voulais pas non plus miser trop fort et les effrayer, j’ai donc regardé la taille de leurs stacks pour déterminer le bon montant de mise (nous rentrerons dans les détails de taille de mise et dynamique des tapis plus tard). Siège 4 avait 1.500, Siège 7 avait 2.800, et Siège 8 avait 1.950 jetons. Je voulais une mise qui soit moins de la moitié de mon tapis mais donnerait à mes adversaires le sentiment qu’ils pouvaient payer et rester dans le coup s’ils ne trouvaient pas leur carte sur la rivière.
Pour moi cela signifiait autour de 15 x BB soit 750 jetons. Siège 4 ayant 1.500 jetons, je devais faire une mise qui lui laissait la moitié de son stack, et je misais donc 750. Cette mise me laissait 2.000 jetons. Siège 4 se coucha, tout comme Siège 7. Apparemment ce dernier était prêt à s’avouer vaincu dès que payé par 3 joueurs. Siège 8 paya néanmoins, avec 1.200 jetons derrière.
La rivière fut le As[h]. Cette carte ne changeait rien en fait. Je savais que j’avais une Calling Station en face, qui avait suivi au flop comme au turn. S’ils avaient raté leur tirage à Carreau, ils se coucheraient sur n’importe quelle carte à la rivière. S’ils avaient trouvé quoi que ce soit sur le tableau, ils étaient probablement prêts à payer à tapis. C’est exactement ce qu’ils misèrent (je misais 2.000 dans le pot de 4.325 au lieu de miser juste leur tapis et montrer plus de force que nécessaire, sachant que mon tapis allait probablement être payé) et ils payèrent. Leurs mains ? 7-10 non assortis.
La leçon à retenir de cette main? En faisant attention à qui entrait dans le coup avec moi et en connaissant la classification de chaque joueur impliqué, j’ai accumulé plus de jetons. Cela aurait très simple pour moi d’envoyer au flop et si j’avais fait tapis, j’aurais peut-être attrapé un payeur mais il y avait plus de chances que tout le monde se couche, même une Calling Station avec 10-7. Une des clés les plus importantes du succès en poker de tournoi est de gagner le plus de jetons possible quand vous avez une main forte.
Main #2 : Savoir lâcher une main contre les joueurs serrés
Comme une histoire drôle, cette main est plus courte, donc meilleure. J’ouvrais en premier de parole (UTG) avec une paire de Dames en misant 125 avec des blindes à 25/50 et un tapis de 6.025 jetons. Siège 5 sur-relança à 500 il lui restait 1.200 jetons derrière. Siège 6 poussa son tapis d’au moins 1.300. Il est rare que je couche une paire de Dames pré-flop dans un tournoi à petits enjeux mais j’avais classifié Siège 5 et 6 comme Serrures, observant qu’ils misaient rarement et ne jouaient que peu de mains. Cela suffit à me convaincre qu’au moins un des deux me dominait. J’ai donc passé et Siège 5 a payé avec A-K tandis que Siège 6 montrait une paire de Rois qui tenait jusqu’au bout. Je venais tout simplement d’économiser 1.200 jetons.
Main #3 : Gagner des pots facilement contre des joueurs faibles
Cette main est plutôt simple dans son déroulement, mais elle montre aussi l’intérêt de l’observation des joueurs. Tout le monde avait couché jusqu’à la petite blind, Siège 1 (3.200), avec les blinds à 50/100. Ce dernier relança à 300 et je payais en grosse blind avec
-
. Pourquoi est-ce que je paie avec une si faible main ? ¨Parce que mon observation/classification m’a indiqué que mon adversaire est un Weak. Cela signifie qu’il ne misera pas sauf s’il a vraiment touché un jeu solide, et c’est un superbe spot pour utiliser la position et lui arracher le pot au flop. En l’occurrence le flop fut parfait pour moi avec 8-4-2, et ça ne pouvait plausiblement pas améliorer sa main. Il fait parole, je fais une mise d’un ½ pot, 300, et il se couche rapidement. Simple comme bonjour.
Adaptez vos décisions à adversaires pour être gagnant en tournoi.
Ce que veux vous montrer à travers ces exemples c’est comment utiliser votre classification des joueurs pour maximiser les gains de jetons quand vous trouvez une grosse main, et minimiser les pertes quand vous perdez, ainsi que gagner des pots avec rien.
Ca ne marchera pas aussi facilement à tous les coups. Il y aura des fois où vous aurez une lecture parfaite d’un joueur mais ils auront réellement du jeu ou juste de la chance (par exemple, vous avez un crétin large agressif qui relance votre grosse blind à chaque tour. Il le refait, vous découvres A-8 et pensez que le timing est parfait pour vous faire respecter. Il paie votre tapis avec A-9 et votre tournoi est fini). Il n’y a pas grand chose à faire dans ce genre de situation. Tant que vous prenez les bonnes décisions avec les informations que vous avez, sur le long terme vous serez gagnants. Ai-je mentionné que le poker de tournoi est une histoire de long terme ? Si je ne l’ai pas encore fait, je suis sûr que je le ferai au moins 20 fois avant la fin de cette série d’articles.
Conclusion : observer et classifier pour progresser
J’aimerais maintenant conclure cet exercice. Je suis convaincu que beaucoup d’entre vous auront eu quelques difficultés avec celui-ci, et pour être arrivés aussi loin, félicitations ! Comme je l’ai répété, ce n’est pas une science parfaite. Le but est ici de vous permettre d’évaluer les réactions des joueurs aux mises et relances et classifier leur jeu basé sur ces observations. En vous forçant à voir les choses de façon caricaturale, vous arrivez à découvrir la vraie nature de chaque joueur.
- Les Weaks vont jeter et/ou payer puis jeter.
- Les Serrures vont jeter, sauf s’ils ont une main forte, alors ils relanceront et ne continueront que si leur main reste forte ou est améliorée.
- Les TAG (Serrés Agressifs) vont chercher leur meilleur avantage, utilisant la position au mieux, mais ne risquant pas bêtement tous leurs jetons avant d’être certain d’être devant (ou ont de bonnes raisons de penser l’être).
- Les Calling Stations…. Eh bien elles vont juste payer, payer, et encore payer si elles ont le moindre petit quelque chose.
- Les LAG (Larges Agressifs), eux, ils vont jouer avec vous et déclarer une guerre des relances jusqu’à ce que l’un d’entre vous ne sorte.
Ainsi en comptant les relances et sur-relances, et en sachant de quelle façon a réagi chaque joueur, vous aurez une vue générale (mais pas parfaite) de qui sont ces joueurs, vous pourrez alors optimiser cet avantage. Dans le monde réel néanmoins, il serait ridicule de relancer/sur-relancer 10 mains d’affilées. Votre vous feriez sortir la plupart du temps. Comment alors pouvez-vous tirer profit de cet exercice ?
Maintenant vous pouvez regarder comment les joueurs réagissent aux mises/relances initiales des autres joueurs et les classifier en conséquence dans un coin votre tête. C’est exactement le pourquoi de cet exercice (en plus de vous donner quelques repères pour jouer tel ou tel type de joueur). J’espère qu’il vous aidera dans cette tâche.
Dans le prochain article, nous allons entrer dans les esprits de chaque type de joueur et essayer de trouver comment et pourquoi ils pensent comme ils le font.
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*Suite à une erreur de publication, l’ordre de ces articles a été malencontreusement inversé, veuillez nous en excuser*