Star du poker - Bertrand ‘ElkY’ Grospellier
Bertrand Grospellier est désormais un habitué de l'European Poker Tour, tout comme des World Series of Poker. Beaucoup de gens le connaissent sous le pseudonyme ‘ElkY' sur la salle de poker en ligne PokerStars. Ce jeune joueur de poker Français fréquente régulièrement les plus grosses tables de No Limit Hold'em, il joue parfois jusqu'à 10 parties simultanément, c'est d'ailleurs l'un des spécialistes dans ce domaine. Son expérience de "gamer" professionnel sur le jeu StarCraft (il fut l'un des meilleurs joueurs du monde) l'a préparé à devenir l'un des meilleurs joueurs européen de poker à l'heure actuelle.Craig Cunningham : Parlez-nous un peu de vous...
ElkY : Je viens de France, j'ai grandi à Paris, et plus tard, je suis parti m'installer en Corée du Sud pour vivre de ma passion, les jeux vidéos. J'ai été un joueur professionnel pendant approximativement quatre ans. Par la suite, je me suis orienté vers le poker, j'ai vraiment adoré, je prenais énormément de plaisir à jouer, tout m'attirait dans ce jeu, et la liberté que cela m'offrait était indescriptible. Je suis joueur de poker à plein temps depuis 2005.
CC : Est-ce que vous retournez parfois en France ?
ElkY : En fait, je vis à Paris depuis début 2007 pour participer à l'European Poker Tour (EPT), mon sponsor (PokerStars) m'oblige à faire tous les tournois EPT. La moitié de l'année je vis donc à Paris, mais aussi en Corée durant quatre ou cinq mois, et le reste du temps à Las Vegas.
CC : Quels est le métier de vos parents ?
ElkY : Mon père est dans la finance, investisseur et consultant, ma mère, quant à elle, travaillait avec lui, et à ma naissance, elle a tout arrêté.
CC : Paris est probablement l'un de mes endroits favoris, c'est le cas pour vous aussi ?
ElkY : Oui, j'adore, c'est une ville vraiment différente des autres.
CC : Je n'y suis allé qu'une seule fois, c'était durant l'été, il y avait tellement de touristes que j'ai vraiment eu du mal à apprécier.
ElkY : Effectivement, en été les touristes sont partout.
CC : Parlez-nous de votre expérience sur le jeu StarCraft ...
ElkY : J'ai démarré les jeux video sur ordinateur très très jeune, mon grand frère avait dix ans de plus que moi et il passait son temps devant l'écran. Il m'a initié quand j'avais trois ans, j'ai découvert l'univers des jeux vidéos, j'ai beaucoup aimé, surtout l'aspect compétitif. Quand StarCraft est sorti, j'ai eu la chance de jouer sur Internet avec d'autres passionnés, mais la compétition était rude. Lorsque j'ai entendu que se dérouleraient de gros tournois en Corée du Sud, j'ai tenté une session de qualification et j'ai réussi, j'ai terminé à la seconde place aux "World CyberGames", ce qui m'a d'ailleurs offert l'opportunité de rester en Corée.
Dans ce pays les sponsors et la télévision retransmettent des parties de StarCraft, cela m'a donc donné l'opportunité de passer professionnel. C'est vraiment ce que je voulais, et j'ai fait ça durant quatre ans. A un moment donné, j'en ai eu marre, j'étais fatigué parce que c'était tout le temps pareil, et le niveau devenait extrêmement difficile, car les Coréens sont très très forts.
CC : Il y a un manager et une équipe, c'est exact ? Vous viviez avec les autres joueurs de votre équipe ?
ElkY : Oui, il y avait un manager, nous étions une équipe professionnelle. Les Coréens pouvaient jouer huit à dix heures par jour, il y avait vraiment beaucoup d'entraînement. Par la suite, j'ai commencé à plutôt bien me débrouiller au poker, et j'aime le fait de pouvoir beaucoup voyager grâce à ce jeu. Avec StarCraft, les compétitions n'ont lieu qu'en Corée, et un peu dans le reste de l'Asie, c'est tout. Je suis déjà allé à Taïwan et en Chine pour quelques tournois, mais la Corée est vraiment l'endroit où StarCraft est le plus populaire. Vous n'avez pas autant de liberté que vous pouvez le croire, car vous devez tout le temps vous entraînez avec les autres membres de l'équipe. Quand j'ai commencé à bien me débrouiller au poker, j'ai voulu tenter l'aventure.
CC : Quel âge aviez-vous la première fois que vous êtes allé en Corée ?
ElkY : J'avais 20 ans.
CC : Séoul ne doit pas être un endroit facile à vivre. J'ai pu m'y rendre à plusieurs reprises et j'ai rencontré quelques difficultés.
ElkY : C'est assez spécial, c'est sûr, mais j'ai eu la chance d'avoir un ami là-bas qui m'a aidé. J'aime beaucoup la Corée, c'est différent pour moi, la vie la nuit est vraiment géniale, je sortais souvent avec un ancien joueur de StarCraft devenu joueur de poker professionnel maintenant.
CC : Vous avez ‘recruté' Dan ‘Rekrul' Schreiber qui était un ancien joueur de StarCraft également ?
ElkY : Oui, j'ai fait venir Dan en Corée pour jouer à StarCraft parce que nous avions l'habitude de jouer ensemble sur Internet. Je l'ai convaincu de tenter sa chance comme professionnel, mais il est tombé sur le poker quasiment dés son arrivée. On a commencé le poker ensemble, mais il ne jouait plus à StarCraft parce que le poker était plus rentable déjà à l'époque pour lui. Il est très difficile aujourd'hui d'intégrer le circuit StarCraft, il a essayé, mais le niveau était vraiment devenu trop élevé. Quelque part, le poker est plus facile, à StarCraft, vous devez être dans le top 10 mondial pour réussir, alors qu'au poker on ne vous en demande pas autant.
CC : Comment vous êtes vous mis au poker ?
ElkY : J'ai commencé sur PokerStars parce que l'un de mes amis sur StarCraft m'a dit qu'il jouait sur PokerStars. J'ai donc essayé, j'ai tout de suite commencé en No Limit Hold'em $1/$2, j'ai tout perdu parce que je ne savais pas tellement comment m'y prendre, je ne connaissais même pas les règles. J'ai fait quelques recherches et je me suis rendu compte qu'il y avait des similitudes avec le jeu StarCraft, c'est un jeu dont les bases sont simples à assimiler, mais au final, il est presque impossible de le maîtriser complètement. Le jeu change tout le temps, il y a beaucoup de stratégie, c'est un mélange parfait entre la stratégie et le hasard. J'essaye vraiment d'apprendre au maximum afin de devenir meilleur.
CC : Y'a-t-il des similitudes que vous décelez entre les vétérans du poker et les prodiges des jeux vidéos qui se sont mis au poker ?
ElkY : Je pense que si vous jouez à StarCraft, vous devez être très bon dans la lecture de jeu. Vous devez être capable d'anticiper les mouvements de vos adversaires. On y trouve beaucoup d'aspects psychologiques, en particulier dans le haut niveau. Lorsque qu'un joueur est vraiment bon, alors l'aspect psychologique est primordiale. Vous devez toujours être en mesure de prévoir ce qui va se passer dans le but de garder un avantage constant sur votre adversaire. Bien sûr, cet avantage est également très important au poker.
Les joueurs sur StarCraft sont également très doués et rapides avec les ordinateurs, ils doivent penser très vite, c'est un aussi point important au poker. Vous devez analyser la situation en une seconde sur StarCraft parce que c'est un jeu qui fonctionne à une vitesse impressionnante. Si vous faites une erreur, ou si vous êtes trop lent, alors vous pouvez perdre le match, l'analyse doit se faire en un temps record, comme au poker.
Dans n'importe quel jeu, il me semble qu'il est essentiel de pouvoir rester concentré sur une très longue période en jouant à votre meilleur niveau peu importe les conditions. Je sais qu'un grand nombre de joueurs à StarCraft sont au maximum de leur potentiel lors d'une partie, mais lorsque les caméras sont présentes, cela devient d'un coup plus difficile, vraiment très compliqué, et ils baissent de régime. Cela nous aide beaucoup au poker parce que nous pouvons supporter la pression dans toutes les circonstances. C'est la raison pour laquelle les joueurs de StarCraft peuvent devenir de très bons joueurs de poker.
CC : J'ai parlé à Rob ‘Vaga_Lion' Akery, un gros joueur sur PokerStars qui a également un passé de joueur sur ordinateur. Il m'a dit de prendre en compte la durée passée sur un ordinateur, cet entraînement à rester assis des heures en gardant l'esprit de compétitivité.
ElkY : Oui, je suis d'accord avec lui, c'est un point très important.
CC : Comment se passe la transition vers les tournois de poker en Live qui semblent être presque l'opposé de ceux de StarCraft ?
ElkY : Quand j'ai commencé les tournois de poker, j'ai éprouvé beaucoup de difficulté. Les tournois de poker live sont vraiment très lents, c'est très dur de jouer à ce rythme quand vous avez l'habitude de jouer sur Internet. Le croupier, les jetons... tant de choses qui ralentissent le jeu. Je pense avoir plus de facilité sur Internet, seulement, les plus gros tournois se trouvent dans les casinos, la transition a donc été obligatoire.
C'est toujours du poker et j'adore toujours ce jeu. J'ai essayé de m'améliorer en Live, les plus grosses erreurs proviennent du fait que je joue trop vite. Lors de mes parties on-line, je suis sur plusieurs tables à la fois, j'ai donc l'habitude de prendre rapidement les bonnes décisions. Avec l'expérience, les décisions se font plus rapidement parce que vous savez quoi faire, vous savez comment gagner sur le long terme. Dans les tournois Live, il y a plus de temps pour réfléchir, pour analyser la situation en profondeur. A mes débuts, je prenais mes décisions très rapidement, mais à mon avis c'était une erreur.
CC : Dans un Casino, vous ne pouvez pas jouer sur plusieurs tables.
ElkY : Oui c'est évident. Sur Internet, une décision peut ne pas être correcte à 100% mais ça n'a pas vraiment d'importance parce que j'ai la chance de jouer tellement d'autres mains sur mes tables annexes. Dans un tournoi Live, je ne suis concentré que sur ma partie.
CC : Comment avez-vous commencé à multitabler ? Vous avez démarré alors que ce n'était pas vraiment à la mode...
ElkY : Oui, lorsque j'ai commencé cette tactique, je n'avais que deux ou trois tables ouvertes, mais je savais que je pouvais augmenter le nombre. Il n'y a avait pas encore de parties short-hand, seulement long-hand, et comme à neuf joueurs le jeu est assez lent, vous pouvez adopter un style de jeu serré. Aujourd'hui, j'ai un style un peu plus large, je ne me contente pas d'attendre que les grosses mains. Je jouais sur plusieurs tables sur différents sites, mais il y a quelques années, lorsque PokerStars a effectué des mises à jours, j'ai pu augmenter le nombre de tables et ainsi me concentrer sur un seul site.
CC : Quel est votre record de tables ouvertes en même temps ?
ElkY : Je crois que c'est quatorze ou quinze, avec quelques petits SNG's, mais pour moi, le bon nombre dépend vraiment sur ce quoi je suis en train de jouer. Si ce sont des tables de neuf joueurs ou des tournois, alors c'est plus détendu. Bien évidemment, si je veux jouer sur des tables à six joueurs ou en face à face, je dois réduire le nombre de tables. Cela dépend du niveau des joueurs, car cela peut devenir plus facile. S'il y a des nouveaux joueurs, je dois analyser la situation et jouer moins de parties. Entre six et douze joueurs, c'est vraiment bon pour moi.
CC : Quelles sont selon vous les clés du succès pour effectuer la transition vers le muti-tabling ?
Elky : Ajouter une table à chaque fois que vous vous sentez confortable. Vous devez être à l'aise avec votre style de jeu et les décisions que vous devez prendre. Il est nécessaire que vous soyez rapide sur votre ordinateur tout en ayant une bonne réflexion sur vos cartes. L'expérience est aussi un point essentiel, car de nombreuses décisions doivent être prises presque instantanément, elles doivent être automatiques, mais cela dépend à mon avis de votre style de jeu.
CC : Votre plus gros gain a été remporté en Europe en début d'année 2007, n'est-ce pas ?
ElkY : Oui, j'ai terminé second à l'EPT de Copenhague. En fait, mon début de tournoi a été plutôt mauvais, j'ai perdu presque la totalité de mes jetons le premier jour juste avant la pause dîner. J'ai bluffé quelqu'un, mais il a payé. Après le dîner, je suis passé de 10K à 2,5K, j'ai survécu difficilement au Day 1, mais lors du Day 2, je suis rentré dans un gros rush en début de journée, je me sentais vraiment bien, j'ai remporté beaucoup de coins flip et du coup, mon tapis n'a fait que grossir. La bulle est arrivée, j'ai gagné pas mal de jetons parce que personne à ma table ne voulait sortir à la bulle, même les plus gros tapis ont adopté un style super serré. J'ai remporté 60% des mains pré-flops. Tout allait bien, jusqu'à mon face à face où je possédais un brelan avec kicker As et où mon adversaire a touché un full sur la river. J'avais A-2 il avait 3-3, ça a commencé à bouger sur le flop 10-2-2, le tableau était vraiment idéal pour moi, mais j'ai quand même perdu un gros pot et c'était très décevant parce que j'avais l'avantage en jetons, et surtout, parce que j'avais bien joué.
CC : Vous avez participé aux WSOP en 2006 et cette année, ainsi que dans les tournois du monde entier. Vous avez eu la chance de côtoyer beaucoup de joueurs, et la plupart jouent principalement des tournois Live. J'ai toujours pensé qu'il était impossible de vivre uniquement avec les tournois Live parce qu'il faut être tellement bien classé pour avoir un bon retour sur investissement !
ElkY : C'est très difficile, la variance est importante parce que vous pouvez faire beaucoup de tournois et ne pas être payé pendant des mois, c'est le cas avec les tournois Live d'ailleurs. Online c'est très différent, vous pouvez jouer plusieurs tournois à la fois, environ dix par jour pendant une semaine, donc, en une semaine vous aurez participé à autant de tournois qu'un autre joueur en Live en une année. Sur Internet, si vous rencontrez une mauvaise passe, ce n'est pas tellement grave. Quand je participe à un EPT ou aux WSOP, là, il peut y avoir de longues phases sombres. Je saisis chaque opportunité de prendre des jetons parce que mon unique objectif est la table finale, je me fiche d'être dans les places payées, les gains sont ridicules par rapport à ce que vous pouvez gagner à la table finale. Je n'ai pas eu beaucoup de bons résultats jusque là, et j'ai eu du mal à savoir si j'avais un problème d'adaptation ou si je traversais une période normale, un cycle de mauvaises cartes.











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