Il s’appelle Douglas Rennick, il est Canadien et il a un gros souci : la Justice U.S. lui réclame très exactement 565.908.288$ qui seraient passés entre ses mains lors de ses activités illégales de « processeur de paiement » conduites aux USA pour des sites de jeux en ligne. C'est le énième épisode de la guerre des autorités américaines contre les jeux d'argent et de poker en ligne.
La loi UIGEA (Unlawful Internet Gambling Enforcement Act) fait toujours autant de vagues et le combat des joueurs de poker pour cesser la prohibition opérée aux USA contre le poker online passionne de plus en plus les médias et le public Américain. Le Département de la Justice du Président Obama fait en tout cas tout ce qu’il faut pour que le sujet revienne sur le devant de la scène semaine après semaine. Après le blocage des fonds de 27.000 joueurs de poker online cette fois c’est un procès contre un seul individu qui va faire parler dans les tous les forums et sites d’actualités de la planète.
L’affaire a été révélée par le U.S. Department of Justice lui-même dans un communiqué de presse Jeudi 6 Août. PR Newswire, le Wall Street Journal, Forbes Magazine, l’AFP, mais aussi des sites généralistes comme Wired News ou spécialisés comme PC World, se sont tous emparés de la nouvelle qui aura fait le tour du monde dans quelques heures.
Quels sont les faits reprochés à Douglas Rennick ?
C’est un grand jury fédéral de New York, l’une des plus hautes instances judiciaires des Etats-Unis, qui a prononcé la mise en accusation de ce Canadien de 34 ans à qui il est reproché d’avoir « aidé des sites de jeux en ligne étrangers à faciliter le paiement de centaines de millions de dollars » issus du jeu en ligne.
Douglas Rennick aurait opéré plusieurs sociétés bidons pour permettre à de nombreux sites internet de poker mais aussi de blackjack, roulette, machine à sous et toutes sortes de jeux en ligne « illégaux » de payer les joueurs aux USA.
Selon le journaliste américain Tom Jenkins, les fonds étaient transférés des sites de jeux étrangers vers les banques, puis envoyés le plus souvent sous la forme de chèques à des sociétés individuelles nommées « KJB Financial Corporation, Account Services, My ATM Online, Alenis Limited, ou encore Check Payment Financial ». Rennick est donc notamment accusé d’avoir abusé des institutions bancaires (dont Washington Mutual et Union Bank) en mentant sur la destination réelle des fonds (censés régler menues factures et salaires de... concessionnaires d’autos).
Cette affaire ferait tout juste la manchette d’une gazette locale en elle-même, mais ce sont les montants de la « fraude » évoqués qui sont proprement effarants. Rennick et ses acolytes auraient en effet écoulé pour près de $350 Millions de chèques personnels, en à peine DEUX ANS ! La Justice américaine estime que ces $350 Millions ont généré $216 Millions de plus en revenus et profits divers, portant le montant réclamé à $566 Millions, auxquels il faut ajouter toutes les amendes, dommages et intérêts, sans parler de la peine maximale de 30 ans de prison.
Les contradictions légales du système américain entravent l’UIGEA
Comme vous le savez peut-être depuis que nous vous en parlons, la loi UIGEA prohibe toute activité de jeu en ligne au niveau fédéral mais les Etats peuvent circonvenir individuellement cette interdiction en adoptant leurs propres lois. De ce point du vue la loi contre le poker online fonctionne exactement comme toutes les lois fédérales basées sur la prohiubition. Le puzzle des lois d’Etats (state laws) et de la loi fédérale (federal laws) fait que par exemple en Californie, dans une forêt gérée par l’Etat on risque une petite amende pour un peu de drogue douce, alors qu’à quelques kilomètres dans un Parc National (territoire fédéral) la même quantité de la même substance peut signifier une peine d’emprisonnement avec minimum incompressible.
Ce qu’il faut comprendre c’est que si la loi UIGEA fait référence au niveau national pour interdire globalement les jeux de hasards en ligne, dont malheureusement le poker online, elle n’a pas de substance concrète étant donné la difficulté de contrôler l’origine des joueurs et de leurs fonds (et dans une moindre mesure celle des sites de jeux en ligne), en particulier si cette origine doit être prouvée ultérieurement dans une cour de justice. Cette problématique est exactement la même que pour les lois « anti-piratage » censées lutter contre le téléchargement illégal. Tout est basé sur une logique écoommique simple : cela coûte tout simplement plus cher de poursuivre un individu que ce que sa condamnation pourrait rapporter. C’est la raison pour laquelle il n’y a eu absolument aucune poursuite aux Etats-Unis contre de simples joueurs de poker online ou autre au nom de la loi UIGEA.
Pourquoi la Justice U.S. s’attaque-t-elle aux instutions bancaires dans le cadre de la loi UIGEA ?
D’une part pour toutes les raisons citées précédemment et le fait qu’une banque a beaucoup, beaucoup plus intérêt à filer droit face au gouvernement que n’importe quel joueur online lambda. D’autre part tout simplement parce que c’est exactement ce pour quoi la loi UIGEA a été conçue. Loin d’être une loi « anti-jeux en ligne » cette loi a été àl'origine élaborée pour réduire le blanchiment d’argent dans la foulée du Patriot Act. Créée pour combattre le terrorisme, l’UIGEA interdit aux institutions financières d’accepter toute transaction venant de sites de casinos en lignes étrangers considérés comme une des plus gros vecteur d’argent « sale ».
C’est donc au portefeuille que la justice a décidé d’attaquer l’industrie du jeu en ligne, avec la même subtilité que lorsqu'elle avait fait un exemple avec Party Poker, condamnant son ex-président Anurag Dikshit à une amende record de $300 Millions. Cette fois les fins limiers de la justice ont trouvé un nouveau pigeon pour porter le chapeau alors que toujours plus d’Américains s’adonnent sans compter aux jeux de hasard sur internet au nez et à la barbe des autorités.
Le blocage de $34 Millions issus des comptes de joueurs de poker online peu de temps avant le Main Event des WSOP 2009 aura eu le mérite de relever une fois de plus l’impopularité croissante de l’UIGEA aux USA. Côté joueurs, le stress n’aura finalement duré que quelques jours le temps de trouver des solutions alternatives qui semblent parfaitement fonctionner. C’est cet étrange coup de bluff avorté qui aurait fait découvrir le pot aux roses aux enquêteurs du F.B.I. à propos de Douglas Rennick, un Canadien de 34 ans, qui va avoir de gros, très gros soucis.
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