Nous vous avions narré quelques-une des aventures de Phil ‘Poker Brat’ Hellmuth sur et hors des tables, de ses coups les plus tordus à sa passion pour Twitter en passant par son accident de voiture filmé en direct, mais ce tournoi était l’occasion pour vous lecteurs de voir comment Hellmuth se comporte à une table de poker loin des caméras de télé. Les gens m’ont toujours dit que j’avais une relation amour/haine avec Phil Hellmuth… c'est-à-dire qu’il fait partie des joueurs que j’adore détester.
Je ne dirais pas que je le déteste mais je ne suis souvent pas d’accord avec son attitude autour des tapis verts. Voici donc une perspective un peu différente sur l’un des plus grands joueurs de poker du monde.
Phil arrive à la table juste à l’heure. Contrairement à la première journée d’un tournoi où il arrive à peu près tout le temps en retard, souvent de plusieurs heures, Hellmuth est toujours prêt dès qu’il doit se rendre à un Day 2 ou une table finale. Le voilà qui serre poliment les mains de ses adversaires. Sa table est plutôt compliquée, avec notamment l’excellent pro online Eric “basebaldy” Baldwin et le solide pro Russe Alexander Kravchenko.
La partie démarre et sur la toute première main tout le monde se couche jusqu’à Hellmuth en petite blind. Il relance et la grosse blind jette. Quelques minutes plus tard, Hellmuth suit un premier suiveur en début de parole, et Kravchenko relance pour 7.000 de plus depuis la grosse blind. Le premier limpeur se couche et Hellmuth essaie de sonder Kravchenko. « Combien as-tu derrière » demande-t-i au Russe, tout en se redressant sur son siège. Il commence à compter les jetons de Kravchenko tout en ne le quittant pas des yeux. « De combien est ce tas de jetons jaunes ? » demande Hellmuth en désignant un stack de jetons de 1.000$.
Finalement, Hellmuth annonce : « je relance à 40.000 ».
Les joueurs encore dans le coup jettent rapidement, aussi vite en fait que Kravchenko n’annonce « all in ». Hellmuth a l’air résigné mais sait qu’il n’a pas le choix : « je dois payer ».
Les jeux sont dévoilées et Kravchenko retourner une paire d’As, loin devant les Dames de Hellmuth, qui interpelle Roland DeWolfe à quelques tables de là. « Roland » crie-t-il, « qu’est ce que tu penses de cette main ? ».
Roland vient jusqu’à la table, regarde les mains et secoue la tête. Tony G est aussi dans les environs et il est l’un des adversaires les moins appréciés de Hellmuth. Tony arrive à la table et fit « tout le monde le détruit, c’est bon ça ! »
Hellmuth demande alors au croupier d’appeler le floor pour faire partir Tony qui s’en va de lui-même, Hellmuth marmonnant pour lui-même sans que personne ne comprenne ce qu’il dit. Il n’a désormais plus que 30.000 et dit à Kravchenko : « j’ai eu un préssentiment bizarre que tu aurais les Rois en grosse blind. » Tout le monde couche et Hellmuth ouvre à 3.400 apparemment en tilt, et Eric Baldwin revient sur lui à tapis. Hellmuth annonce « je vais jeter cette main et vous me paierez plus tard à cause de cela », et montre As-Dame.
Baldwin jette en silence, un petit sourire en coin.
Phil n’arrive pas à décrocher du pot qu’il a perdu contre Kravchenko : « tu joues tellement mal et ça marche à chaque fois, et puis voilà que tu te retrouves avec les As. » Alexander rit de bon cœur tandis que Phil continue à ruminer avant de parler plus fort, à personne en particulier mais plus pour entendre le son de sa propre voix. « Je suis un guerrier, vous le savez n’est-ce pas ? Quelqu’un va faire une erreur et me donner ses jetons. »
Il me rappelle ce gars appelé « Coach » dans la dernière série télé « Survivor » qui était toujours en train de répéter qu’il était un guerrier… et qu’il était un Tueur de Dragons. Peut-être devrions changer le surnom de Hellmuth de « Poker Brat » à « Tueur de Dragons » qui sait ?
En attendant, le tournoi s’approche de plus en plus de la bulle et Hellmuth lance « ce serait vraiment frustrant de sauter à la bulle une nouvelle fois, mais je ne jetterai pas une grosse main. »
Phil se lève et va s’asseoir à la table des paiements installée dans un coin de la salle. Il revient juste à temps pour découvrir ses cartes, les jette, et repart à l’autre table. Il lève les yeux et voit sa photo sur le mur d’honneur (aka Wall of Fame) juste au-dessus de lui ? C’est un instant superbe et j’aurais aimé avoir mon appareil photo prêt à shooter. Je me retiens de demander à Phil de tenir la pose le temps de mettre la main dessus.
A son crédit, Phil est un homme de parole. Lorsqu’il reçoit une grosse main, il ne passe pas malgré le fait qu’ils en soient au main-par-main, risquant l’élimination sans être payé. Il fait tapis avec A-K en premier de parole pour un peu plus de 24.000. La petite blind paie, et la grosse blind se couche après mûre réflexion, jetant une paire de Valets servis. La petite blind retourne une paire de Dames et lorsque le flop donne J-2-4 (au grand regret de la grosse blind) et le tournant un 5, mettant Phil Hellmuth en mauvaise posture, et sur le point non seulement de rater l’argent mais en plus d’être le bubble boy du tournoi ! La rivière amène un As, au grand soulagement et à la grande surprise de Phil : « Ooooohhhhh ! Sauvé par la rivière !»
La bulle éclate une minute plus tard et Phil se frotte les mains en disant « j’adore les records, baby ! » en référence à son record du plus grand nombre de places payées pour un joueur dans l’histoire des WSOP.
Hellmuth est désormais un peu moins tendu, et recommence à parler à Kravchenko : « c’est quoi votre problème les gars » (en parlant de Tony G), « je perd un pot et il se précipite pour me provoquer. »
Roland DeWolfe arrive près de la table et me glisse : « C’est sympa de voir qu’il le laisse encore jouer sans rien dire. C’est comme Jack Nicklaus qui arrive sur le green et se débarrasse du tee alors qu’il n’est même plus capable de faire mieux qu’un Par 100. » Roland s’éloigne et me dit : « tu peux l’écrire, ça. »
Un joueurs assez large se content de payer en début de parole, la petite blind complère et Hellmuth fait parole en grosse blind. Le flop donne Q-7-3 dont deux piques, et le blinds check. Le joueur large mise 2.500 et la petite blind paie. Hellmuth tend le buste et dit « eh bien j’allais juste me contenter de suivre mais en fait je vais plutôt faire monter les enchères ».
Il compte des jetons et décide de relancer à 8.000 de plus à suivre. Le joueur large jette, et après une bonne minute la petite blind envoie son tapis. Hellmuth paie dans la seconde et retourne KQ. Son adversaire dévoile A-J à pique pour un tirage couleur. Hellmuth remporte le pot et sort son adversaire, portant son tapis à peu près à son niveau du départ de ce Day 2, soit environ 80.000.
Hellmuth, regonflé tout comme son stack, se met à jouer un peu plus. Il paie une relance du joueur au bouton depuis la petite blind, puis ouvre à 2.500 dans un pot de 8.000 sur un flop Q-8-4. Son adversaire sur-relance et Hellmuth dit « ok, celle-là est pour toi mon pote ! » et jette promptement sa main. Le joueur en petite blind avoue « j’étais derrière tout le long ». Hellmuth répond : « c’est mal joué, j’aurais du sur-relancé préflop. »
Sur la main suivante, le hijack relance et Hellmuth paie du bouton en annonçant : « ça va être une journée rapide pour moi, je joue toutes les mains ». Le flop amène A-9-5 avec deux piques. Hellmuth check et son adversaire mise 5.000. Hellmuth n’hésite pas un instant et paie. Le tournant est un 3 de trèfle, ce qui fait deux trèfles au tableau. Hellmuth check et son adversaire mise 11.000. Hellmuth suit aussi rapidement qu’au flop, et demande « allez le pique, sors ! » et le croupier sort… un autre 5.
Hellmuth check encore, et son adversaire mise encore, cette fois 22.000 jetons. « Ca fait combien ? » se renseigne Hellmuth. Le croupier compte pour lui et Hellmuth décide de suivre ? Le joueur adverse montre A-K, Phil se lève et tient ses cartes devant lui. Puis d’une pichenette il les envoie dans le muck. « Je déteste le poker » dit Hellmuth avec un ton de dégoût marqué. « Je n’avais pas de paire. J’ai payé avec hauteur Roi. » Il enlève son manteau. « Incroyable » dit-il, avant de se remettre à marmonner. Il secoue la tête, fait une pause pour une seconde, puis recommence.
Phil est visiblement frustré et relance en premier de parole. Il fixe Baldwin en grosse blind et lui lance « vas-y petit ! » mais Baldwin préfère jeter.
Le hijack relance à 4.000 et Hellmuth paie depuis le bouton. La grosse blind se joint à la fête et le flop sort 10-4-3. Les 3 joueurs check et le tournant est un 6. La grosse blind mise 8.000. Le relanceur préflop compte alors ses jetons en regardant le joueur en grosse blind. Hellmuth, contrairement à son habitude, n’étudie pas les deux joueurs. Au contraire il semble se désintéresser de l’action, allant même jusqu’à bâiller. Je me dis alors que Hellmuth a un tell, mais non, ce n’est pas possible. J’essaie de me convaincre du contraire mais c’est tellement flagrant…. Le coup du « oh je m’en fiche de ce que vous faites, je vais jeter de toutes façons ». On dirait vraiment l’acting d’un gars qui a une main énorme.
Le relanceur préflop jette finalement sa main et c’est à Hellmuth de parler. Au lieu de se coucher immédiatement, il compte 8.000 et regarde combien il a de jetons derrière. Il fait alors tapis pour 12.800 de plus. La grosse blind se couche immédiatement au grand regret d’Hellmuth qui montre une paire de 10 et un brelan max floppé.
Hellmuth regarde le relanceur préflop et dit « j’ai eu des visions de lui me donnant ses jetons. Il va le faire, je me disais. » Il regarde alors le joueur en grosse blind et ajouré « Je pensais que j’allais prendre 12.8 de plus de ce gars ». La grosse blind rigole et s’excuse : « désolé ».
Hellmuth monte un peu plus son stack en faisant un check/raise dans un combat de blinds sur un flop J-2-2. Son adversaire se couche et Hellmuth montre à nouveau, cette fois une paire de Dames.
Un joueur assez âgé relance pour 4.000, gardant environ 15.000 derrière. Hellmuth et la grosse blind suivent tous les deux. Le flop amène Q-8-4, la grosse blind fait parole. Le joueur âgé fait tapis et Hellmuth le paie instantanément. La grosse blind se couche et le A-Q de Hellmuth est large favori devant le 10-10 adverse. Mais le tournant est un 10 et Hellmuth bondit de son siège « Bon dieu de m*****, mother f****er ! » explose-t-il. Il n’en revient pas de sa malchance.
Les jetons sont poussés vers le joueur âgé et le reste de la table se content de sourire en coin et pouffer discrètement devant la réaction d’Hellmuth, y compris le gars empilant les jetons. Hellmuth est livide. « J’ai donné 22k, mais maintenant vous devriez me donner vos jetons. » Il continue : « J’aurai bien besoin de ces 50.000 mais vous me décavez avec deux outs. Maintenant je me sens mieux. C’est ma vie. » Il secoue sa tête. « Man ! »
Je ne suis pas certain de l’effet de cette main sur Hellmuth, mais après ce coup il va perdre encore 16.000 en misant sur un flop Q-4-2. La petite blind paie après avoir fait parole et recommence sur le tournant 10. Après qu’Hellmuth ait fait parole sur la rivière la petite blind montre Q-6 dépareillé. « In-p**ain-croyable ! » s’écrie Hellmuth qui frappe la table des ses paumes.
Le marmonnage reprend et Hellmuth se parle à lui-même, en particulier à propos du gars avec la paire de 10. « Ce mec m’a mis un deux outers », murmure-t-il, « c’est ridicule ». Il se lève et souffle un grand coup. « Wow ! » s’exclame-t-il, ne voulant toujours pas croire à ce qu’il s’était passé (et ne réalisant pas qu’il s’est mis tout seul dans ces situations en jouant assez mal les coups).
Le gars âgé qui avait touché le brelan au turn pousse son petit tapis et Hellmuth est en grosse blind. Phil regarde ses cartes, voit A-J, et paie. Le voilà derrière le A-Q de son bourreau. « Ne t’inquiètes pas » dit Phil, « il n’y a aucune chance que je te suckout. » Effectivement cela n’arrive pas et Phil n’a plus que 17.000. « Nice hand, mon pote » ajoute-t-il.
Les 3 tours prochains Hellmuth ne fait plus qu’une chose : jeter, jeter, et encore jeter… Il ne joue pas une seule main sur trente, et ses 17.000 fondent à vue d’œil. Un croupier vient remplacer la croupière en place, mais celle-ci au lieu de se lever donne une nouvelle main. Hellmuth s’indigne « elle ne m’a rien donné de mieux que Q-2 » et appelle un superviseur pour l’empêcher de donner, lequel superviseur la laisse poursuivre. Lorsque finalement elle part Hellmuth lui lance sarcastiquemeent « peut-elle donner encore une main ? » avant de dire au nouveau croupier « je n’aime pas quand on en suit pas les règles » sous le regarde désapprobateur de la croupière qui rejoint une autre table.
Le tapis d’Hellmuth devient tellement petit que ça en devient matière à blague. Il appelle Roland DeWolfe et les deux parviennent à se lancer un défi « last longer » qui donne une côte de 20 contre 1 à Hellmuth sur un pari de 2.000$. DeWolfe a 180.000, Hellmuht… 3.400. J’aimerais demander à Phil s’il parierais 2.000$ contre moi avec une côte de 50 contre 1, mais cela pourrait m’attirer des ennuis donc je m’abstiens. Roland revient un peu plus tard constater que le tapis de Hellmuth diminue de plus en plus, se moque de lui : « tu joues vraiment superbement ».
Les vautours, c'est-à-dire les médias, commencèrent à tournoyer autour de la table à la perspective de l’élimination quasi-certaine de Phil Hellmuth. Il se couche en premier de parole et toute la table lance un « Aw-w-w-w » de déception, tous voulant une chance de le sortir. Sur la main suivante, en grosse blind donc, il paye une relance avec 4-7 dépareillé contre As-5. Il ne gagne pas la main, et malgré ses frustrations de l’après-midi, Hellmuth serra les mains de ses adversaires et s’en va sans un bruit pour accepter son petit chèque compensatoire.
Ainsi se terminait mon après-midi poker avec Phil Hellmuth.
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