Réalisé par Douglas Tirola, le film « All In : The Poker Movie » a reçu la récompense de meilleur documentaire du festival CinéVegas. « All in » raconte l’histoire du poker en en montrant les grands moments comme la victoire de Moneymaker qui est représentée comme la date clé de la « renaissance » qu’a connu le poker, décrivant ce jeu comme le nouveau véhicule du rêve américain. Le film décrit le fantasme de devenir riche et célèbre du jour au lendemain, le pouvoir de séduction du jeu de cartes le plus populaire de monde étant aussi fort chez la jeune génération internet que celui de l’or sur les pionniers de 1849.
Une centaine de joueurs et joueuses apparaissent dans le film, véritable « who’s who » du poker contemporain. Le film est parsemé des commentaires des pros les plus connus comme Chris Moneymaker bien sûr, mais aussi Phil Hellmuth, Daniel Negreanu, Chris Ferguson, Joe Hachem, Greg Raymer, Scotty Nguyen, Howard Lederer, Barry Greenstein, Isabelle Mercier ou encore Vanessa Rousso pour ne citer qu’eux.Le film commence par bombarder le spectateur des images des icônes de l’histoire du poker, de Brunson à Hellmuth en passant par Ivey, avant de présenter la chronologie des événements qui ont transformé un passe-temps onéreux pratiqué par une minorité à un phénomène global de société qui passionne des millions de pratiquants à travers le monde. Ensuite le propos est recentré sur la relation entre poker et société, le premier étant le miroir de la seconde, et expose les raisons du boom du poker online, jusqu’à l’interdiction de ce dernier avec la loi UIGEA.
Très bien documenté et fourmillant de détails historiques, le film aurait pu devenir l’œuvre de référence du poker. Aurait seulement, en raison de sa vision nombriliste américano-américaine du phénomène, aucun joueur européen n’étant interrogée, et peu de place étant accordée au boom continu du poker sur le vieux continent, où le poker online est toujours majoritairement légal. Dire que la loi UIGEA représente la fin des heures de gloire du poker est non seulement exagéré, mais aussi prématuré. En effet si les décisions de la Justice américaine, comme la récente saisie des fonds versés par salles via les banques aux joueurs de poker online, démontre une escalade dans la bataille entre pro- et anti-poker online, l’histoire est loin de son point final, comme le soulignait Jeffrey Pollack (WSOP Commissionner) : « en ce qui me concerne le poker est vivant et se porte bien », alors que Phil Galfond reconnait pour sa part que « le poker online a connu une baisse de popularité ces trois dernières années ».Crise financière oblige, les casinos souffrent tout comme certaines salles de poker online, en revanche il reste le fait avéré que chaque jour voit toujours plus de gens jouer au poker. Le succès des WSOP est par exemple un contre-exemple de la supposée mort du poker. En se concentrant plus sur l’histoire du poker live aux USA que sur le poker en tant que phénomène mondial, ce documentaire a le défaut de ses qualités. Très riche en détails historiques, il survole d’un peu trop loin le monde du poker online et du poker hors-USA. Il réjouira néanmoins les fans de poker et trouvera une bonne place dans la filmographie dédiée au jeu, même s’il faudra attendre encore un peu pour voir enfin LE film-référence que tout le monde attend.
L’auteur du documentaire, Douglas Tirola, déclarait ainsi à PokerNews à la sortie de la projection lors du festival CineVegas : « Le rêve américain n’est plus seulement américain (..) cette idée de partir de rien et de faire quelque chose de grandiose est aujourd’hui plus une pensée d’ordre mondial. C’est je l’espère une chose que les gens retireront de mon film ». Sur ce point on ne peut pas dire que le film ait réussi sa mission, en revanche on ne peut que le conseiller à tous ceux qui s’interrogent sur les raisons de la popularité du poker. Il y a des chances que Monsieur propose à Madame de regarder «All in» pour lui expliquer pourquoi il est vissé sur sa chaise des heures durant devant un écran pour jouer au poker.
Vous pouvez voir le sujet réalisé par PokerNews (en anglais) sur cette vidéo avec les interviews de Mike Sexton, Phil Galfond, Howard Lederer et le réalisateur du film Douglas Tirola.
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