Pollack, avec son charme distingué habituel, lui répond « je vous serrerais bien la main mais vous venez d’éternuer », ce qui me fit rigoler. OK, je vous le concède, un rien m’amuse.
Retour au jeu. Le Deuce-to-Seven 2.500$ a vu plusieurs stars faire un bon bout de chemin dans ce tournoi, j’en ai donc profité pour les suivre d’un peu plus près. Phil Hellmuth était assis immédiatement à gauche de Mike Matusow et Hellmuth coiffa rapidement son casque stéréo pour tenter de ne pas finir noyé par le flot de paroles de celui que l’on n’a pas surnommé pour rien « The Mouth ». Une mesure de contrepoint inefficace cependant, les écouteurs du « Poker Brat » n’étant visiblement pas assez puissants, poussant Phil à les abandonner et à entamer la conversation avec Mike. Profitant de l’opportunité, Matusow commença à charrier Hellmuth sur son manque de bracelets dans d’autres variantes que le Hold’em, conjecturant que le grand Phil serait probablement prêt à vendre son âme au diable contre un bracelet dans un tournoi autre qu’un Hold’em. Phil secoua la tête et répondit que non, il ne le ferait pas.
Un peu plus tard ce fut au tour de Tony G de venir titiller Hellmuth. A tel poins que Phil finit par appeler un représentant du floor pour forcer Tony G à retourner s’asseoir à sa place. Tony ne s’arrêta pas pour autant et après la sortie de Hellmuth, ce dernier le pria de le laisser tranquille vu qu’il venait de sauter à la bulle. Tony lui dit alors « je suis aussi sur le point de sauter à la bulle, je vais te rejoindre ». Mais il ne sauta pas et Phil partit seul jouer le tournoi de jeux mixtes PLHE/PLO 2.500$ (duquel il fut assez rapidement éliminé). Difficile départ donc pour Hellmuth dans ces WSOP, alors que pour sa part Tony G en est déjà à sa deuxième place payée.
Durant l’après-midi, on compta à un moment jusqu’à six tournois se déroulant simultanément au sein de l’Amazon Room. Les tables finales du NLHE « Stimulus » 1.000$, du 7 Stud 10.000$ et encore du PLO 1.500$ ; mais aussi les Day 2 du NLHE 1.500$ et du Deuce-to-Seven ; et pour finir, le tournoi shorthanded 6-max 1.500$. Rajoutez à cette liste le PLO/PLHE 2.500$ joué dans la Brasilia Room et vous obtenez une journée plus que chargée au Rio qui se transforma en une véritable ruche bourdonnant du cliquetis des milliers de jetons. La plupart des railbirds se concentrèrent néanmoins autour du tournoi Deuce-to-Seven pour voir les stars en action, notamment Lindgren, Ivey, Matusow, et Hellmuth.
A l’approche de la bulle du NLHE 1.500$, le superviseur en charge de tournoi ne ménagea pas ses efforts pour donner les instructions spécifiques à cette période tendue, demandant entre autres aux joueurs de rester assis pour que les croupiers restent bien visibles. Les joueurs, bien entendu, ignorèrent cette requête et se promenèrent de table en table pour être aux premières loges dès qu’un joueur se retrouvait à tapis. On eut dit que plus le superviseur insistait, et plus les joueurs l’ignoraient. Après qu’il ait exigé sans succès d’obtenir un peu de discipline pour la 5ème fois au moins, le pauvre superviseur sembla au bord de la crise de nerfs. Je pense que s’il avait eu un pistolet sur lui, il aurait tiré en l’air pour obtenir l’attention des joueurs une bonne fois pour toute.
Lorsque la bulle éclata finalement, un cri de joie poussé à l’unisson par les survivants secoua l’Amazon Room. Bien sûr ce ne fut tout de même pas le délire collectif que l’on peut observer lors du Main Event, mais cette explosion restera bien placée au bulle-o-mètre en termes de décibels. Les joueurs furent gratifiés d’une pause bienvenue, et la foule de joueurs parvenus dans l’argent s’épancha hors de la zone de tournoi avec forces sourires et rires de satisfaction, décrochant leurs téléphones pour appeler leurs proches ou envoyer des textos à leurs amis et fans, et leur annoncer la bonne nouvelle. J’ai même vu un joueur passer devant moi en chantonnant « Zippity Doo Dah » !
Avant-hier j’étais assis dans la zone média, et le visage d’une jeune femme qui marchait le long du stand me sembla très familier. Elle portait un pass média, j’ai donc supposé que c’était une des nombreuses personnes que j’avais rencontré ces deux dernières années dans le cadre des World Series of Poker. Mais quelque chose me chiffonnait. Il me semblait que je l’avais connu autre part que dans les couloirs du Rio. Aujourd’hui elle est réapparue aux côtés de Jennifer Newell, et alors qu’elle discutait avec cette dernière, je l’ai entendu dire qu’elle était avocate. J’eus alors un déclic et il me sembla la reconnaître de mes études de droit au sein de l’Université du Minnesota. J’étais presque sûr que nous avions fréquenté la même classe, mais refusais de me prendre un râteau si tel n’étais pas le cas, d’autant que cela m’est arrivé trop souvent ces derniers temps.
Plus tard dans la journée, je lui demandais depuis combien de temps elle travaille dans le milieu du poker, et elle me répondit « depuis avril », ce qui renforça un peu plus ma conviction. Je me décidai à lui demander ce qu’elle faisait avant, et elle me répondit « j’étais avocate ». Je lui demandai alors où est-ce qu’elle avait étudié le droit. « A l’Université du Minnesota la première année et à New York pour les deux dernières » me confirma-t-elle. Je ne pus réprimer un rire étonné, désormais certain d’avoir vu juste. Elle me regarda un peu plus attentivement et je pense qu’elle eut un déclic à son tour. Nous avons fini par nous raconter nos itinéraires depuis la fac, et faire l’inventaire de nos camarades communs.
Le monde est décidément bien petit. A suivre…
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