Après avoir vu le concept de « fold equity » dans la phase pré-flop du Hold’em, jetons un œil au jeu post-flop où ce paramètre est tout aussi primordial, ou devrait l’être en tout cas. Le jeu post-flop est l’ocassion de sur-relances et « resteals » justifiés par ce seul facteur. Le surplus d’informations du flop et le comportement de votre adversaire pré-flop ne peuvent que vous aider à prendre la bonne décision.
Fold Equity post-flop : maximiser la valeur de vos tirages
L’une des occasions les plus cruciales où considérer attentivement la « fold equity » est lorsque vous avez un gros tirage, ou que vous sentez votre adversaire en bluff. Prenons l’exemple suivant pour illustrer ce propos.
Les blindes sont à 250/500 avec antes de 50. Un joueur en début de parole relance et un joueur en milieu de parole le suit. Vous payez aussi depuis le cutoff avec
et tous les autres joueurs passent. Il y a 5.700 au pot et il vous reste 30.000 jetons derrière. Vos adversaires ont respectivement 25.000 et 50.000. Le flop donne
vous donnant tirages quinte et couleur. Un flop monstre pour vous, ça c’est sur. Le relanceur préflop mise 5.000 (et garde 20.000), le second joueur se couche. La grosse erreur à ne pas faire ici, c’est de se contenter de suivre. Voici pourquoi. Disons que vous payez et une figure d’une autre couleur que carreau tombe au tournant. Votre adversaire va envoyer son tapis et il ne vous reste qu’une seule chose à faire : jeter votre main.
En faisant tapis ou en sur-relançant fort le flop, vous vous éviterez le plus souvent tout embarras. Vous très probablement devant sur ce flop (au lieu d’être battu au tournant) au moment de faire tapis, vous gagnerez donc plus souvent ce coup que vous ne le perdrez, mais ce qui le rend vraiment profitable c’est que vous gagnerez souvent le pot sans qu’il y ait abattage. Votre tirage est énorme mais ça reste seulement un tirage, gagnez le pot au flop sans attendre le tournant, c’est toujours ça de pris. D’autant que si votre tirage couleur rentre non seulement vous prenez un risque inconsidéré, mais il y a en plus de sérieuses chances que vous ne soyez pas payés ! Si vous aviez fait tapis au lieu de juste payer, la même carte au turn vous aurait fait doubler, et vous auriez maximisé la valeur de votre main.
Fold Equity post-flop : quand ne pas en tenir compte, et pourquoi ?
Avec toutes ces possibilités de gains sur des mouvements dont la profitabilité est quasiment garantie, il ne faut pas non plus croire que la « fold equity » est la panacée du hold’em. La principale erreur que l’on peut faire en maniant ce concept, c’est d’en abuser. Un « short stack » va faire tapis pour 10.000 et un autre joueur avec K-Q assorti va coucher sa main parce qu’il préfère relancer que payer. Jeter les mains comme les paires moyennes ou des figures assorties peut être une erreur. Si vous êtes en premier de parole au cutoff avec un petit tapis vous coucheriez-vous ? J’espère bien que non ! Imaginons que vous ayez 12.000 jetons et soyez le premier à parler en position moyenne, et les blinds sont à 1.000/2.000. Quel type de main espérez-vous pour envoyer votre tapis ? Pas un monstre, n’est-ce pas ? Les probabilités (et croyez le ou non, le poker et avant tout un jeu de probabilités) veulent que votre K-10 soit largement devant ou en situation de « coin flip » contre la grande majorité des mains, ce qui à long terme signifie que cette situation est largement « EV+ », c'est-à-dire avec une espérance de gains largement positive. La plupart des gens vous diront que relancer c’est mieux que payer, mais parfois vous devez justement ignorer la « fold equity » si vous voulez conserver la votre !
Fold Equity post-flop : un dernier exemple
Vous avez 15.000 jetons avec des blindes de 1.000/2.000 et des antes de 200. Vous avez patiemment attendu une main jouable et laissé passer quelques As hauts, quelques connecteurs assortis et beaucoup de poubelles. Vous avez perdu 10.000 jetons dans les dernières orbites en jetant toutes vos mains. Vous recevez alors As-9 assorti au bouton et attendez fébrilement votre tour pour pouvoir faire tapis. Tout le monde passe jusqu’au cutoff qui fait tapis pour 20.000. « Ah, zut et flute », penseront certains qui se résignent à jeter leurs cartes. Stop ! Ne passez pas !
Réfléchissez. Dans quel panel la main du cutoff peut-elle se situer ? S’il pense et joue comme vous, sur quelles mains le mettez-vous ? Sa sélection de mains ne descendrait-elle pas largement sous As-9 assorti par hasard ? Vous pouvez jeter face à un joueur que vous savez serré, mais rien ne vous garantit que vous aurez plus tard d’envoyer tapis en premier de parole avec la même main ou mieux. Par contre doubler à cet instant de la partie peut vous permettre de jouer au poker autrement qu’en mode « push/fold ». Allez, vous payez, il retourne 8-9 assortis et vous doubler sur un tableau sans problème. Des fois, le poker est un jeu simple, et les coups les plus simples sont souvent aussi les plus efficaces.
La plupart des bons joueurs de tournois prennent leur chance à un moment ou un autre quand s’éloigne la perspective d’une table finale ou de la victoire. D’autres beaucoup moins bons ne savent pas jouer. Entre les deux les joueurs moyens pratiquent souvent un jeu standard et serré avec des pointes d’agressivité ou de jeu large au gré de leurs humeurs, un jeu stéréotypé les rendant relativement faciles à lire. Enfin il y a ceux qui ont lu ces articles et qui ne savent pas que vous savez quand ignorer la « fold equity » de joueurs qui en abusent.
Le concept de « fold equity » est suffisamment avancé dans son application (puisque basé en bonne partie sur votre lecture des profils donc des panels de mains adverses) pour échapper à la grande majorité des petits poissons qui fraient dans les mers chaudes du poker online, mais assez simple à comprendre pour devenir une arme usuelle dans l’arsenal des bons joueurs que vous êtes ou deviendrez si vous suivez ces simples conseils. N’en abusez pas, surtout ne basez pas toutes vos décisions sur ce seul paramètre, et même oubliez-là de temps en temps. Le poker est un jeu dynamique et chaque joueur, chaque main, chaque coup sont différents. Si payer une relance peut être la bonne solution avec une main paritculière, se coucher ou relancer peuvent être aussi la solution adéquate en fonction du contexte. N’oubliez pas de jouer votre jeu tel que vous le sentez, et lorsque vous serez en position d’utiliser votre « fold equity » ou d’évaluer celle de vos adversaires, tout ce que vous venez de lire pourrait bien faire la différence entre une petite paie et un gros chèque à la fin de votre prochaine session.
Bonne chance à tous !