Il arrive toujours un moment dans votre vie d’un joueur de poker où
vous perdez de l’argent sur les tables, et ce quoi que vous fassiez. Quand vous jouez les mains premium, vous tombez sur des flops atroces. Quand vous êtes agressif, vous vous faite piéger. Quand vous tentez de voler les blindes, vous tombez sur un mur, et quand vous tentez de jouer les « calling stations », l’adversaire touche sa river. A force de perdre, vous êtes certains de voir apparaître la carte qui ne doit pas sortir, et pour les plus atteints d’entre nous, nous commençons à appeler le seul out qui nous bat juste pour confirmer que le poker est un jeu de fous.
Le bad run au poker: Une mauvaise serie de malchanceCertains appellent ça un
« bad run », voire un « sick run », et l’impression générale est d’être tombé dans l’enfer du poker, un endroit où l’on perd tous les coups importants, où on se fait systématiquement décaver par des poubelles à la bulle d’un tournoi, et où, quand on touche enfin une belle main comme K-K après une longue traversée du désert, on est certain de trouver A-A en face.
C’est bien entendu dans ces périodes très difficiles à vivre que notre trempe de joueur de poker est réellement mise à mal face aux crash-tests à répétition imposés à nos nerfs. Il est facile, dans ces moments difficiles, de
perdre son calme et commencer à envoyer valser les jetons, en défiant ces malicieux (sadiques ?) dieux du poker de vous infliger un bat beat supplémentaire. En général on gagne le défi, et on perd un peu plus d’argent.
Et au lieu d’arrêter les frais et stopper l’hémorragie, beaucoup d’entre nous insistent lourdement en espérant vaincre le maléfice de la variance. Doyle Brunson avait conseillé à un joueur de toujours « jouer le rush », c’est-à-dire profiter à fond d’une période de chance exceptionnelle, lorsque l’on passe 90% des coin flips, que tous les bluffs passent et que touts les vols au bouton ne rencontre aucune opposition, résultant souvent sur une quantité de performances irréelles enchaînées à un rythme effréné.
S’il faut jouer beaucoup pendant un « good run », quelle est d’après vous la conduite à adopter lorsque l’on tombe sur son jumeau maléfique et que le vent tourne avec une telle violence qu’on se demande parfois si l’on retrouvera jamais un état « normal » d’équilibre ?
Conseil N°1 pour eviter le bad run : Faires une pauseLe premier conseil qu’on puisse donner à quiconque dans cette spirale infernale est tout simplement de
s’éloigner des tables. Si vous jouez jour après jour sans prendre de pause, c’est l’occasion parfaite pour faire un break. Laissez tomber le poker quelques jours, voire une semaine ou deux, et changez vous les idées avec une occupation où la chance ne joue aucun rôle. Ne serait-ce pas une bonne occasion de faire un peu de sport, marcher dans la nature ou revoir des amis un peu trop délaissés pour les cartes. Débarrassez-vous des toxines, fumez moins, mangez mieux, prenez le soleil, allez nager, buvez beaucoup d’eau et mangez des fruits frais, autant de choses souvent incompatibles avec la pratique intense du poker en ligne.
Un sage professeur m’a un jour confié : « si tu as l’impression de ne pas pouvoir partir en vacances, c’est un signe certain qu’il est grand temps d’en prendre. » Rien n’est pire pour votre système nerveux que de « péter les plombs » à répétition au fur et à mesure que votre mauvais passage dégénère en malchance chronique.
Changez d’air, optez pour le calme et le repos, et rechargez vos batteries avant qu’elles ne soient totalement vidées. Il n’y a rien de plus efficace pour interrompre une mauvaise série, même si ça ne marche certainement pas à tous les coups, au moins vous vous donnez une chance supplémentaire de sortir de votre marasme.
Si vous décidez malgré tout de continuer à jouer en acceptant de souffrir en attendant de retrouver votre poker gagnant, gardez à l’esprit les
quelques conseils suivants qui vous seront utiles, et je l’espère, profitables.
Conseil N°2 pour contrer le bad run : Gardez votre sang-froid
Ne laissez jamais votre énervement et votre frustration
contaminer votre style de jeu et entamer votre solidité habituelle. Si vous jouez en 7Stud par exemple, ne vous prenez pas à miser vos paires moyennes avec six joueurs derrière, juste pour toucher enfin votre brelan parce que cela ne vous est pas arrivé depuis des lustres. En général, quand vous êtes au milieu d’une vraie série noire, vous ne touchez rien, alors ne partaient pas à la poursuite de vos tirages, vous en sortirez encore plus frustrés, avant de partir totalement en tilt, rendant la situation encore pire si c’était possible. Si vous sentez ce tilt venir en jouant sur le net, c’est tout simple, levez-vous de la table de cash game ou finissez votre tournoi sans en relancer, fermez le logiciel et attendez le temps qu’il faudra avant de vous sentir à nouveau d’attaque et dans
de bonnes dispositions mentales et physiques.
Conseil N°3 POur contourner le bad run : Jouez plus petitCertains joueurs, quand ils sont dans un cycle de pertes à répétition, pensent que la solution consiste à
redescendre à des limites plus basses. Souvent, cela entraîne un
effet pervers consistant à sur-jouer ou adopter une attitude de maniaque, le seul intérêt financier apparent étant de gagner le tournoi. C’est le plus court chemin pour perdre un peu plus, et pas juste quelques tas de jetons mais aussi et surtout votre capital confiance lentement mais sûrement accumulé lorsque vous étiez gagnant, justement à ces mêmes limites plus basses.
Au contraire, oubliez le gain et prenez-vous au jeu de la compétition pure. Retrouvez la fraîcheur candide de vos débuts et donnez-vous des
objectifs faciles à atteindre. Par exemple lancez-vous des défis comme rentrer dans l’argent le plus souvent possible dans des tournois sit n’gos à des limites inférieures. Vous serez surpris de voir comme chacune de ces petites victoires sur le mauvais sort peuvent regonfler votre ego et vous faire
repartir du bon pied en un rien de temps. Gagner un ou deux petits tournois est toujours rassurant quelque soit le contexte, et si malheureusement la déveine continue, vous aurez au moins perdu beaucoup moins que les jours précédents.
Conseil N°4 Relativiser le bad run : Restez positif quoiqu'il arriveAu poker plus encore que dans d’autres domaines, vous devez garder le plus souvent possible
un état d’esprit positif. Le petit singe qui frappe des cymbales dans votre tête adore vous provoquer, surtout quand vous perdez. Les pensées du style « eh voilà il va toucher son out à la river comme de bien entendu » deviennent souvent des prophéties autosuggérées dont on se demande bien quel étrange et mystique mécanisme les dirige pour s’accomplir aussi souvent avec une probabilité aussi basse. Plus vous vous enfoncez dans le négativisme, et plus difficile encore ce sera de remonter la pente.
Concentrez-vous sur une
vision objective des coups perdus (« l’ai-je si bien joué que ça ?») et positive (« j’ai bien fait de payer car ma lecture était juste »). Nous avons parfois tendance à avoir une vision orientée sur les résultats et combien de fois entendons-nous des débutants affirmer « j’ai bien joué puisque j’ai gagné », une erreur de raisonnement classique pour les néophytes n’ayant pas encore assimilé le concept de « gains à long terme ». Plus rarement on entendra « j’ai mal joué puisque j’ai perdu » alors que la façon de jouer était correcte même si cela résulte dans une perte sèche. Penser positivement est le plus court chemin vers un retour à la normale, là ou votre bon jeu est récompensé et vos erreurs parfois généreusement pardonnées.
Conseil N°5 Ne favorisez pas le bad run: N’aggravez pas la situationN’aggravez pas la situation. Si une session est désespérément perdante, pas la peine d’empirer les choses en mettant votre bankroll en danger. A mes débuts au poker online, il m’est arrivé de monter de limite pour casser le cycle de la malchance et provoquer un gros gain qui rattraperait tout ou partie des petites pertes accumulées. Récemment, j’étais assis à une table où j’ai fait plusieurs tours de tables où je n’ai reçu quasiment aucune carte au-dessus du 9, et rien de jouable en vérité. Il y a pourtant une ou deux de ces mains marginales dont j’aurais pu tenter de tirer quelque chose, mais c’eut été une grossière erreur. Vous jouez une de ces mains, et vous vous retrouverez à payer trois fois avec un tirage floppé. Après avoir perdu vous allez essayer de vous rattraper sur la suivante, et ainsi de suite jusqu’à perdre toute votre cave. Il n’y a rien de pire que de rattraper une erreur avec une autre erreur, gardez votre agressivité pour les coups où vous êtes largement devant ou contre les joueurs adéquats.
Conseil N°6 Le bad run est un passage : Ne tentez pas le diableEnfin, de même que le superstitieux ne passe pas sous une échelle quand il vient de casser un miroir devant un chat noir, je vous suggère d’
éviter de tenter « le tout pour le tout » par exemple en risquant un bluff osé ou en payant délibérément un tapis en vous sachant en situation de « coin flip ». Evitez aussi les vols de blindes lorsqu’elles sont défendues par un gros tapis, les sur-relances à tapis pré-flop avec une paire moyenne, et de vous mettre en danger à la bulle des tournois alors que ce n’est pas nécessaire. Ce n’est peut-être pas non plus une très bonne idée de pourchasser les méchants qui auront craqué votre paire de Rois avec 3-8 dépareillé juste pour leur rendre la monnaie de leur pièce.
Si vous préférez jouer que rester loin des tables, si pour vous le poker est gagne-pain voire votre activité principale, trouvez un moyen de jouer qui ne mettra pas votre bankroll en danger.
N’hésitez pas à vous replonger dans la furia des
freerolls et
utilisez vos points de fidélité pour jouer des tournois avec un droit d’entrée, ainsi même si vous perdez au jeu, au moins vous perdrez très peu, peu importe le nombre de bad beats ou de mauvaises rencontres. Ce sera aussi l’occasion de mettre à profit ce temps de jeu pour combler vos lacunes, essayer de nouvelles tactiques, jouer des tournois en suivant un livre de poker ou les conseils d’un grand joueur dénichés sur le net.
Travaillez pour devenir meilleur, et avant longtemps vous serez à nouveau sur les rails d’une trajectoire gagnante. Vous remonterez votre bankroll, aurez à nouveau confiance en vous et l’énergie nécessaire pour progresser. Votre mauvaise passe ne sera plus qu’un mauvais souvenir, mais il y en aura malheureusement d’autres, et
savoir gérer ces périodes défavorables fait partie intégrante des qualités d’un bon joueur de poker.
Bonne chance sur les tables !
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Stratégie Poker