Ne jouez pas au poker quand : votre femme (ou mari) vous appelle au téléphone au milieu d’une partie. J’ai perdu le compte des sommes perdues en continuant à jouer tout en parlant à ma compagne sur mon portable ! Votre poker réclame une attention pleine et entière, et votre femme ou votre copine aussi, en tout cas si vous voulez que profiter des deux à long terme. Si vous êtes au milieu d’un tournoi, et que l’appel n’est pas urgent, demandez à votre chère et tendre si vous pouvez la rappeler, pendant la prochaine pause par exemple (n’oubliez pas de le faire !). Si vous êtes en cash game, levez-vous de tables le temps du coup de fil, et faites passer votre relation avant le jeu. Votre bankroll, mais aussi votre vie sentimentale, me diront merci !
Ne jouez pas au poker quand : vous savez que des techniciens doivent intervenir sur le compteur électrique de votre immeuble, et couperont le courant (et votre internet) à tout moment. Oui, c’est ce qui m’est arrivé pas plus tard qu’avant-hier ! Je savais qu’ils venaient, et lorsque je vis le camion de la compagnie se garer dans la rue, je décidai de jouer « une dernière main » de No Limit Hold’em. Heureusement ce coup-là j’ai tout juste eu le temps de cliquer sur tapis à la rivière, et plus tard je pus vérifier que j’avais bien encaissé mon gain, mais c’était tout juste ! De manière générale, online comme en live, le concept du « une dernière main et j’arrête » est à éviter. Je l’ai payé cher à Las Vegas où en grosse blinde on m’a laissé toucher ma couleur max sur la rivière. Je ne voulais qu’une chose, voler le pot et aller me coucher, mais le carré de 9 adverse m’aura laissé dans un état indescriptible en retournant à ma chambre d’hôtel tout en me tapant pour ma stupidité !
Ne jouez pas au poker quand : vous avez un peu trop bu. Bien sûr, pour les Eli Elezra et les Scotty N’Guyen de ce monde, cela donne un show réjouissant devant les caméras de télé (encore que parfois cela dépasse les bornes de l’éthique du poker). Mais selon votre résistance à l’alcool, même si vous ne devez pas conduire après (heureusement !), quand un verre peut vous relaxer ou détendre votre jeu trop serré, plusieurs verres peuvent vous conduire à la catastrophe. Au lieu de bien choisir vos spots, vous agressez sans discernement et faites de grosses erreurs de jugements qui peuvent vite coûter cher. Pour les autres joueurs, votre ébriété sera évidente même online et vos adversaires profiteront de votre « tilt » éthilique ! Evitez de vous mettre en « carnaval » à cause du verre de trop. Lors de vos parties, prévoyez de l’eau ou du jus de fruit. Personnellement je ne conseille pas non plus de consommer trop de boissons à bulle après un bon cassoulet, à moins d’avoir internet dans les toilettes !
Ne jouez pas au poker quand : vous remarquez que vous jouez beaucoup trop de mains. Cela arrive souvent lors de sessions où vous avez l’impression de toucher beaucoup de flops moyens comme des paires basses ou moyennes, ou des tirages pas vraiment en bêton. Vous pensez que vous pouvez réaliser un miracle mais comme par hasard, vous perdez… encore. Pour paraphraser Zen et l’Art du Poker, le poker est une série de « folds » passifs ponctués par quelques actes d’agression contrôlée. Quand vous vous retrouvez à prendre le train en route un peu trop souvent, descendez à la prochaine station et faites une pause.
Ne jouez pas au poker quand : vous êtes en colère. C’est en général une très mauvaise idée que de vouloir évacuer sa frustration sur une table de poker. La colère génère encore plus de colère, et le seul résultat prévisible et qu’à la première rivière défavorable ou au premier bad beat vous allez littéralement péter les plombs, et avant longtemps vous serez « en tilt », explosant votre bankroll à coups de piles ou face rageurs ou de calls « héroïques ». Pour certains cela signifie allez acheter une nouvelle souris le lendemain ou réparer le trou dans le mur, et avec un bandage à la main ce n’est pas commode vous avouerez. Faites ce que vous avez à faire pour rester dans un état d’esprit calme mais affûté, et ce AVANT de vous asseoir pour jouer au poker.
Ne jouez pas au poker quand : vous êtes fatigué. Vous avez peut-être lu les exploits de ces joueurs de net qui se sont littéralement endormis sur leur clavier en plein milieu d’un tournoi nocturne, et se sont réveillés juste pour constater qu’ils étaient dans l’argent. Parfois même on se dit que l’on aurait mieux fait de s’endormir plutôt que de jouer un coup perdu d’avance. Mais, en règle générale, vous jouerez beaucoup mieux quand vous êtes bien reposés. Votre acuité sera plus fine, vos lectures plus perçantes et vous saurez éviter un piège grâce à votre observation efficace dans lequel vous seriez peut-être tombé si votre esprit est trop raplapla pour prendre en compte tous les paramètres de décision.Quand votre corps réclame une pause, il est beaucoup plus facile de se convaincre d’envoyer tous vos jetons en priant, que si vous êtes reposé et vous sentez capable de livrer bataille le temps qu’il faudra, et ne pas confondre poker et loto. Comme pour le téléphone, imaginez qu’au lieu de jouer au poker vous allez prendre la route pour le temps du tournoi. Si vous ne vous en sentez pas capable, remettez à plus tard. Ou bien ne venez pas pleurer lorsque votre souris rippe sur le bouton « call » au lieu de « fold » avec J3 dépareillé en main et anéantir vos efforts au terme d’un tournoi épuisant, comme cela m’arrive quand je n’écoute pas mes propres conseils.
Ne jouez pas au poker quand : le « fish » de service se fait finalement sortir, laissant tous les « sharks » entre eux. Une partie lucrative peut vite s’assécher lorsque les moins bons joueurs quittent la table, soit parce qu’ils sont allés grossir les tapis des meilleurs joueurs, soit parce qu’ils se rendent enfin compte qu’ils n’ont guère de chance d’en sortir vainqueur. A moins d’être raisonnablement confiant d’être un des meilleurs joueurs présents, levez-vous et trouvez une table plus à votre portée donc plus rémunératrice. L’attrait principal du poker online est de pouvoir choisir parmi des milliers de tables, et des dizaines de milliers de joueurs vache à lait qui jouent pour le fun et seront tous contents de vous donner de l’argent. Soyez toujours en éveil pour repérer les changements dans la dynamique de votre table, et n’hésitez pas à quitter la table si cette dernière change de manière défavorable et que le vent s’apprête à tourner.
Ne jouez pas au poker quand : votre petit garçon de 7 ans veut s’asseoir sur vos genoux alors que vous jouez. Je me rappele d’’une histoire de jeu que me racontait feu mon paternel. Il avait commencé par les paris sportifs à la fin des années 50, et alors qu’il regardait un match à la télé avec un ami qui était un parieur plus « sérieux ». Le fils de son ami entra dans le salon pour embrasser son père, juste lorsque ce dernier réalisa qu’il venait de perdre son pari en cours ! Le père furieux d’avoir perdu envoya une claque au fiston sans même réaliser son geste. Mon père réalisa alors à ce moment qu’il pouvait facilement devenir comme son ami sous le coup de l’émotion, et arrêta tout simplement de parier.
La morale de l’histoire c’est que l’un des attraits du poker est son intensité à nulle autre pareille. Nous défions les autres et nous-mêmes, qui plus est avec de l’argent. Parfois on en gagne, souvent on en perd, les dollars changeant très vite de main. Parfois le poker révèle nos émotions les plus enfouies, et parfois les plus sombres, et les fait remonter à la surface au moment où on s’y attend le moins. Il est essentiel pour notre santé mentale et notre moral, sans parler de la santé de nos relations affectives les plus précieuses, d’apprendre à séparer et ne pas laisser envahir ce qui se passe à la table de poker par les événements, toujours inattendus, de notre vie de tous les jours, et vice-versa. Donner toute son attention à sa femme ou son enfant, est souvent plus « profitable » que n’importe quel pot que vous jouerez.Restez cool, et rendez-vous sur le tables !