Les urnes ont rendu leur verdict, et les résultats sont définitifs :
Barack Obama sera le prochain Président des Etats-Unis, et nombre de politiciens favorables au poker ont conservé leur siège au Congrès . Tandis que les Américains pesaient le pour et le contre d’un large éventail d’enjeux majeurs au moment au moment de valider leurs votes, le seul qui nous intéresse vraiment ici, même s'il reste trivial comparé aux problèmes d'économie ou de sécurité nationale, est le poker.
L’Amérique a voté : un "Africain-Américain" comme on dit pudiquement de ce côté de l'Atlantique, sera le prochain locataire de la Maison Blanche. Si, comme nous l'avions souligné à la veille des élections en cherchant à savoir qui serait
le meilleur Président dans l'intérêt du poker , aucun des deux concurrents n'avait fait officiellement mention du jeu pendant la campagne,
Obama apparaissait comme le plus attaché à titre personnel au poker, son adversaire McCain préférant les purs jeux de hasard comme le "craps".
Ce n’est pourtant pas le seul verdict rendu par les urnes au cours de cette nuit décisive à plus d’un titre. En remplissant leurs bulletins de votes, les hommes et femmes de ce grand pays devaient aussi décider d’un
grand nombre de propositions appelées (ou non) à devenir lois dans leurs états respectifs.
Ainsi, et sans occulter la dimension historique de l'élection d'Obama à leur tête, les citoyens des USA ont aussi et surtout, en ce qui nous concerne, envoyé un
fan de poker enthousiaste prendre ses quartiers à Washington.
Comme nous l’avons écrit ici-même et comme dûment rapporté par tous les médias durant ses deux années de campagne présidentielle, Barack Obama, alors Sénateur de l’Illinois, participait régulièrement à des parties de poker pour se détendre après de longues journées de travail. Même si les enjeux restaient plus que raisonnables, il jouait ces parties avec le même sérieux et la même concentration qui a accompagné son incroyable ascension politique, et pratiquait un poker solide et réfléchi. Il n’est sûrement pas utile de préciser qu’il n’a pas eu beaucoup de temps à consacrer à ces parties dernièrement, mais la seule pensé d’une partie de poker régulière dans le Bureau Ovale fait sourire plus d’un joueur de poker.
Autre indice du réel intérêt du « president elect » Obama pour ce jeu qui nous passionne, la présence de
Daniel Negreanu et
Phil Ivey à une soirée permettant de lever des fonds pour sa campagne, les deux joueurs s’étant éclipsés des World Series Of Poker 2008 expressément pour y assister. Lorsque Daniel Negreanu se présenta lors de la traditionnelle séance de poignées de main pour une photo souvenir avec le candidat, le visage de ce dernier s’éclaira et il s’écria :
«Vous, je vous reconnais ! ». C’est ainsi Obama lui-même qui indiqua à ses conseillers que Negreanu et Ivey était présents et qui ils étaient. On l’entendit même dire à Negreanu :
« On a joué au poker hier soir ». Cette anecdote démontre non seulement que le nouveau President des USA connaît les grands joueurs de poker, mais aussi qu’il trouva le temps de jouer à l’occasion, y compris au plus fort de la campagne électorale.
Autre fait notable : Obama a publiquement soutenu
Shelley Berkley, représentante du Nevada au Congrès, dans son effort pour faire adopter une initiative consistant à étudier les mérites du jeu online. Petit bémol cependant, il ne rattacha pas son nom à l’initiative en tant que co-sponsor. D’autre part Obama avait auparavant comparé le développement d’Internet à la conquête de l’Ouest du temps de cow-boys, en le désignant comme un havre « d’activités illégales ». Mais son intervention dans le cadre de l’initiative de Berkley semble démontrer
un amour du poker plus fort que ses craintes quant au « grand méchant net », et indiquent un
état d’esprit ouvert et positif en ce qui concerne les futures législations du poker online lorsque le sujet sera (enfin !) d’actualité.
Non seulement les électeurs Américains avaient la charge de décider du nouveau patron du pays, mais aussi d’un grand nombre de sièges au Congrès mis en jeu en ce Mardi 4 Novembre. Plusieurs de ces élections « locales » impliquaient des candidats ayant démontré leur intérêt et leur passion pour le poker, que ce soit en participant à l’élaboration de son cadre législatif ou simplement en exprimant leur soutien pour la cause des joueurs que nous sommes.
Bonne nouvelle pour le poker : la plupart de ces candidats sont parvenus à garder leur siège et continueront ainsi à mettre en avant leurs convictions pro-poker lors des prochaines sessions du Congrès.
Le Démocrate
Barney Frank se situe sans aucun doute au sommet de la liste de ces enthousiastes, et en tant que joueur on ne peut que se réjouir de sa victoire attendue contre son adversaire Républicain Earl Sholley dans le Massachusetts. Frank a été l’un des politiciens les plus virulents dans son
opposition au passage de l’UIGEA ou
Unlawful Internet Gambling Enforcement Act (Loi de Répression du Jeu Online Illégal), interdisant à ses concitoyens l’accès aux sites de poker online. Il a ainsi notamment présenté deux amendements législatifs permettant d’annuler tout ou partie de cette loi anti-poker, dont les conséquences peuvent aller jusqu'à la saisie des noms de domaines des salles de poker online comme dans
l'Affaire du kentucky en cours.
La première de ces initiatives, « H.R. 2046 », a été nommée
Internet Gambling Regulation and Enforcement Act (Loi de Régulation et de Répression du Jeu Online), a pour but est de créer des licences de jeu sur internet attribuées par le gouvernement fédéral. Certes cette initiative n’est même pas encore passée en comité d’évaluation, mais elle rassemble d’ores et déjà
48 membres du Congrès en tant que co-sponsors.
La seconde loi proposée par Frank, l’initiative H.R. 5767, restreint le champ d’action des organismes financiers et les banques quant à leur répression du jeu online et leur capacité de nuire aux citoyens concernés par l’UIGEA.
Enfin,
troisième et dernière initiative en date, Frank a rédigé en 2008 l’initiative H.R. 6870 ou
Payments System Protection Act (Loi de Protection des Systèmes de Paiement) permettant de protéger ces mêmes organismes financiers de représailles de la part du gouvernement fédéral en vertu de l’UIGEA. Ce texte a été récemment approuvé par le House Financial Services Committee (Commission des Services Financiers de la Chambre des Représentants) et se prépare à passer devant le Congrès pour adoption.
Shelley Berkley, a elle aussi conservé son siège au Congrès. L’auteur de l’initiative H.R. 2140 supportée par Obama comme écrit plus haut, pourra ainsi continuer son combat pour obtenir l’approbation de cette initiative permettant simplement l’étude des mérites et problèmes du jeu sur internet, dont on espère qu’elle conclura positivement qu’
une industrie du poker online régulée et protégée par des licences ne peut qu’être bénéfique et profitable.
Un autre Démocrate membre du Congrès,
Robert Wexler, a bénéficié d’un véritable raz-de-marée électoral dans son district de Floride en ce 4 Novembre au détriment de son adversaire Républicain Edward Lynch. Wexler est le promoteur d’un texte important qui vise à
définir le poker comme un « jeu de stratégie » et non un « jeu de hasard » , et ainsi l’exclure des activités visées par l’UIGEA. Signe de sa volonté de faire entrer dans la loi un concept défendu par tous les joueurs de poker du monde, Wexler se présenta à l’Hotel Rio de Las Vegas lors des WSOP 2008 où il fut invité à lancer le Day 1D avec le célèbre « shuffle up and deal !’ Un autre signe indubitable de son engagement : son
étroite collaboration cette année avec la PPA, Poker Players Alliance, et son combat pour les droits des citoyens Américains, au nom de la protection de la vie privée, de jouer au poker online dans l’enceinte depuis leur domicile.
A Seattle et ailleurs dans l’
Etat du Washington,
Jim McDermott, un autre Démocrate, a été réélu par plus de 85% des votes contre son adversaire Républicain Steve Beren. Supporter de la première heure des lois favorables au poker, il a introduit plusieurs initiatives ou amendements actuellement à l’étude dans divers comités. La première d’entre elles est la H.R. 2607 dont le but est de
réguler le jeu sur internet, et plus récemment il a aussi proposé la H.R. 6501, un amendement proposant de réguler et taxer certains revenus du jeu online au profit de la Sécurité Sociale.
Au Texas c’est un Républicain,
Pete Sessions, qui a défait sans contestation son adversaire Démocrate Eric Roberson. Sessions a écrit la proposition de loi H.R. 6663, permettant de clarifier la partie de l’UIGEA qui s’est révélé un vrai casse-tête pour les institutions financières : la loi H.R. 6633 propose d’exempter purement et simplement le poker de l’UIGEA. Si cette proposition de loi a causé débat en déclarant notamment que le poker avait été rendu illégal par l’UIGEA (ce qui est faux bien entendu), et malgré les controverses subséquentes, il n’en reste pas moins que les joueurs de poker possèdent probablement avec Pete Sessions un atout de plus dans leur manche.
La PPA a donné à plusieurs membres de la Chambre des Représentants une note A+ en ce qui concerne leur soutien et leur engagement pour les questions légales liées au poker. La plupart d’entre eux ont prolongé leur mandat lors de ces élections, la liste de réélus comprenant essentiellement des Démocrates dont
John Conyers qui a laminé
dans le Michigan deux candidats indépendants avec un score écrasant de 92% des votes,
Linda Sanchez qui a battu
Diane Lenning dans son
district Californien,
Melvin Watte avec 71% des votes en
Caroline du Nord,
Steve Cohen qui a battu trois adversaires indépendants dans le
Tennessee, ou encore
Bobby Scott réélu sans opposition en
Virginie.
Aux yeux des joueurs de poker,
les élections du 4 Novembre 2008 furent un succès retentissant. Même si on ne peut encore préjuger du succès de ces politiciens favorables à notre cause dans leurs entreprises, ni même qu’ils continueront à être les fers de lance de ce combat législatif, le simple fait d’être représenté aussi largement au sein d’un des organes les plus puissants du pays par des sympathisants du poker est un
point de départ on ne peut plus positif.
Quant à la l’investiture de Barack Obama aux commandes du pays, avoir un Président des USA qui a gardé durant toute la campagne électorale un jeton porte-bonheur dans sa poche, et qui connaît suffisamment le jeu pour s’avouer impressionné par la visite d’un Negreanu ou d’un Ivey, est une très bonne nouvelle pour l’industrie du jeu en général, et le monde du poker en particulier.