Le célèbre film « Rounders », ou Matt Damon rêve de partir à Las Vegas pour disputer le Championnat du Monde de Poker, ne cesse de rappeler que Johnny Chan est une légende du poker.Le héros dépeint, veut en effet devenir son égal, et s’identifie à son idole pour assouvir sa passion.
Ce film a semble il été le catalyseur pour toute une génération qui a découvert une nouvelle approche du poker. Comment quitter de brillantes études de droit pour se tourner vers un simple jeu ? Question à laquelle le scénario répond tout simplement : quel que soit votre idéal il ne faut pas hésiter à la poursuivre pour ne pas le regretter un jour. Mais la deuxième conclusion sous jacente est d’autant plus intéressante, le poker peut être perçu comme un idéal en soi. Johnny Chan en est la preuve puisqu’il a incarné le rêve de toute une génération de poker.
Chan naît en 1957 à Canton, en Chine. Ses parents ont déménagé à Hong Kong quand il avait six ans, et sont arrivés aux Etats-Unis pour sa neuvième année. Après un court séjour à Phoenix, ils se sont fixés dans l’état du Texas à Houston. La famille Chan a procédé à l’ouverture d’une série de restaurants chinois, ce qui lui a donné une rapide liberté financière. Le père de Johnny déjà âgé, a sous doute pensé que son fils assurerait la gestion de cette nouvelle entreprise. C’est du moins ce qu’il espèrait.
L’idée même de cet héritage effrayait Johnny. Bien qu'il respecte ses parents, et que la tradition asiatique veuille que les enfants reprennent le flambeau familial, il ne ressentait pas l’envie de perpétuer le travail accompli. L’idée même de passer le reste de sa vie dans les cuisines de restaurants, ne faisait pas de lui un homme comblé. Chan avait déjà envisagé d’autres perspectives durant son adolescence, et elles n’ont fait que se confirmer dés l’âge adulte.
Reprendre ces restaurants, n'a peut-être pas été le pire de ses problèmes. Bien qu'il vivait en Amérique depuis quelques années, il n'avait toujours pas appris l'anglais, sa famille parlait uniquement chinois à la maison. De ce fait, Chan était généralement silencieux, et en retour, traité en paria par ses camarades d'études. Chan a dit qu'il restait stoïque quand il pensait que les enfants se moquaient de lui, mais il n’en était pas sûr parce qu'il ne pouvait les comprendre. Malgré tout, il réussit à se faire accepter à l'Université de Houston. Toutefois, un voyage de deux ans avant son acceptation au collège, a largement contribué à façonner le Johnny Chan que nous connaissons aujourd'hui.
A l'âge de 16 ans, il se rendit à Las Vegas à bord d'un petit avion. En 1970, l'état du Névada ne procédait pas aux mêmes contrôles d’identité qu'ils le font aujourd'hui. Il a donc été en mesure de tenter sa chance à tous les jeux sans pour cela être inquiété. Il s’essaya aux machines à sous, mais sans qu’elles retiennent trop longtemps son attention. Il tente alors les tables de poker, et bien qu’il se fasse nettoyé par les locaux, il tombe amoureux de ce jeu. Lorsque Chan est retourné à Houston il ne cessa de penser à son retour à Las Vegas pour tenter de nouveau sa chance au poker. Deux ans s’écoulèrent, et son père espérait que ses études le mèneraient vers un diplôme de Management en Hôtellerie et Restauration.
En fait il poursuivait ses études sans grande conviction, et jouait au poker chaque fois qu'il le pouvait. Après un an passé à l'Université de Houston, il t retourna chez lui pour annoncer à ses parents qu’il quittait son école. Il leur annonçe qu’il se rendrait à Las Vegas pour devenir joueur de poker à temps plein. Comme vous pouvez l'imaginer ses parents n'ont pas pris la nouvelle de gaîté de cœur, et tout particulièrement son père. Les plans de Chan ont eu pour conséquence de le désavouer au sein de sa famille, qui mit un certain temps avant de le pardonner.
L’arrivée de Chan à Las Vegas n’a pas été une réussite immédiate. Il avait presque une mentalité fataliste quand il a commencé à jouer au poker. En dépit qu’il montra des capacités évidentes pour devenir un bon joueur, il refusait de quitter les lieux tant que chaque dollar ne soit arraché de la table pour finir dans sa poche. Chan réalisa que si jamais il devenait un professionnel, il fallait renoncer à cette importante faille dans son jeu, et mieux valait le faire très vite avant qu’il ne soit trop tard. Nombreux sont les joueurs de poker, et même bien connus, qui buttent encore face à ce problème. Chan, après quelques années de pratique, a réussi à éliminer totalement cette faille de son art.
Après qu'il soit devenu ce «nouveau joueur», il se rendit compte que les joueurs semblaient le traiter différemment des autres à la table.Réservé uniquement au cash games, il a estimé qu'il avait un avantage parce qu'il était un des rares joueurs Asiatique, et la plupart n'avait jamais été confrontés à cette forme d’esprit auparavant. Il affirme, qu'il estimait que les joueurs américains n'ont pas été en mesure de lire son visage de la même façon dont ils pourraient le faire contre leurs compatriotes. Chan a utilisé cet atout à son avantage, il continua de construire sa bankroll tout au long des années 80, puis s’est tourné vers le circuit des tournois internationaux.
Le succès advint pour la première fois aux World Series of Poker 1985, où il remporte le 1000 $ No Limit Hold'em. Le premier de 10 bracelets qui restent à ce jour un deuxième record en nombre, partagé avec Doyle Brunson. Bien que cette victoire ait un sens spécial pour Chan, elle lui donna une justification pour son choix de carrière. Il savait qu'il aurait encore besoin de gagner le "Main Event" pour être immortalisé parmi les meilleurs.
Après avoir passé la saison des WSOP 1986 sans mettre un bracelet, il aborde les WSOP 1987 avec une faim de victoire. La longue attente d'un adolescent de 16 ans qui avait foulé le sol de Vegas à bord d’un bimoteur, et qui endosserait le titre de "Champion du Monde» arrivait à maturité. Johnny était en mesure de briguer le titre suprême. Il le conquit contre Frank Handerson, et sans le savoir rentre à 30 ans dans la légende du poker .
En 1988, Chan est devenu le troisième joueur de l’histoire à posséder deux bracelets consecutifs du Main Event. Pour y parvenir il surclasse majestueusement avec une quinte, le malheureux Erik Seidel et sa paire de dames. Rounders lui a d’ailleurs consacré tout une scène dans son film. Il vient de réaliser l'éxploit deux années de suite.
Jerry Buss, propriétaire de l’équipe de basket des Los Angeles Lakers, et ami de Chan, a dit de lui que s'il pouvait gagner un troisième titre, il lui donnerait l'un de ses anneaux du Championnat NBA. Il ne croyait pas si bien dire, car seul un détenteur de plus de bracelets, un jeune joueur de l’époque prénommé Phil Hellmuth lui vola le titre pour la troiséme année consecutive en 1989. Chan connut une serie époustouflante durant cette période. Il empocha plus de 1.7 Million de dollars entre les années 84 et 89. Certainement beaucoup plus que s’il avait décidé de reprendre l’entreprise familiale.
Il a depuis gagné plus de quatre millions de dollars en tournois. Il est également un joueur gagnant des « Big Games. Sa fameuse orange qu'il dispose toujours à ses cotés quand il joue, a été perçu à tort comme une superstition asiatique. Il a tout simplement affirmé qu’il lui préférait son odeur à celle dégagée par la fumée de cigarettes. Les non fumeurs ont toujours du subir ce genre de désagréments provoqués par le tabac, bien que le probléme soit aujourd'hui règlé. Johnny est non fumeur et ne boit jamais d’alcool.
Chan est généralement considéré comme calme à la table, ce qui découlerait de son enfance tranquille. Il estime que sa vie de famille devrait être gardée secrète, il est donc très hésitant à se dévoiler face aux caméras. Il n’hésite pas à raconter des histoires de son passé quand il est dans l'ambiance, , il s’est d’ailleurs fait beaucoup d'amis dans la communauté du poker. Il aide souvent d'autres joueurs qui connaissent le déclin, comme il l'a été lui même par le passé.
Alors que les joueurs ont toujours un niveau de respect mutuel entre eux, il ya beaucoup de croupiers qui ont un point de vue différent du reste du monde sur Johnny. Il a été pris a partie plus d’une fois par les différents croupiers du circuit, qui seraient plutôt enclins à ne pas traiter avec lui si ils ont en la possibilité.
Johnny Chan a été intronisé dans le Hall of Fame of Poker en 2002, ce qui ne l’a pas empêché de se distinguer depuis. Plus récemment, il a terminé en première place dans la série NBC "Poker After Dark." Comme nous l'avons mentionné, il est le deuxième détenteur du record de victoires de bracelets derrière Phil Hellmuth, mais à seulement 50 ans il lui reste le temps de reprendre la tête.
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